Concert pour flics et banquiers

Publié le par Peleran

Mercredi 02 novembre 2011 :

 

297514_2072340141509_1635068648_1738433_23217782_n.jpg         Voilà déjà quelque chose qui ressemble un peu plus une acampada ! Le coin est une bande de bitume entouré de bâtiments en béton, mais nos quelques tentes, posées à l'arrache , maintenues par des parpins, amène un aspect singulier à l'endroit. À mon réveil, les premiers matinaux sont déjà autour d'un feu de palette en plein centre, assis sur des cartons et des planches de bois. Le café chauffe puis circule. Autour du feu, les discutions concernent principalement nos deux amis en cabane. Je ne vois absolument pas qui ils sont, mais apparemment, ils étaient de la Marcha Bruselas. Les flics les auraient interceptés à l'entrée de Nice avec du matériel d'escalade dans leur camion aménagé. Pire que tout, ils sont basque ! Voilà donc de parfaits potentiels fauteurs de trouble et empêcheur de spéculer en rond, qu'il faut absolument enfermer !Mais grâce à la prudence des tortionnaires publiques, nos amis sont derrière les barreaux et ne grimperons sur rien ni personne. D'ailleurs, les journaux du matin parlent bien de ça, et les vitrines de Nice sont saines et sauves ! La société est sauvée ! Mais autour du feu, les Sioux préparent déjà leur réponse...

 

           Le contre G20 se poursuit. Débats et conférences se tiennent dans le grand hangar des abattoirs, sur tout un tas de sujets environnementaux, politiques, économiques, sociaux, etc... Je me rends à quelques séances qui m'intéressent, mais le climat de la pièce ne m'aide pas beaucoup à accrocher. L'ambiance est bien plus chaude à l'extérieur , particulièrement aux abords du campement. Quelques campeurs se sont motivés à peindre des slogans sur des cartons, dans la préparation de l'action secrète d'aujourd'hui. Je m'intéresse bien sur au plan, que l'on se communique discrètement entre nous. Plusieurs idées sont proposées, et je me motive pour amener l'accordéon. Les compagnons du commando sont chaud ! On va faire une belle opération. Dans le même temps, nous poursuivons le débat sur les compagnons en prison dont le jugement en comparution immédiate doit se faire dans l'après midi. Et si nous allions nous aussi arrêter des gens dans la rue pour acte de danger potentiel ?!

 

          Dans l'après midi, toute une bande d'indignés, principalement les marcheurs espagnols, part au centre-ville de Nice en action spontanée, pour aller manifester. On appel à dénoncer l'arrestation injustifiée de nos compagnons. Mais notre bande de commandos reste sur place et laisse partir le gros du camp. Tant mieux, ils attireront sur eux l'attention des condés et amènent avec eux les infiltrés et autre RG. Après leur départ, un camion vient se poser dans la cour, près du camp. Nous déchargeons une récup, puis le rechargeons avec les cartons peints, des boissons, des verres et de la nourriture. Si l'action se déroule comme prévu, nous organiseront une assemblée populaire accompagnée d'une boisson chaude et de quelques biscuits dans le lieu que nous aurons investis. Nous laissons repartir le véhicule, puis nous nous séparons en petits groupes. Je pars avec deux espagnols et une amie belge qui me prend gentiment l'accordéon, vu que je porte aussi mon propre sac. Nous franchissons les postes de flics sans aucun soucis . Nous apercevons de temps un temps les autres petites bandes au coin d'une rue. Même au sein de notre petit groupe, nous restons très distant. Les deux espagnols marchent d'un pas tranquille en parlant entre eux, et la belge et moi adoptons la même attitude plusieurs mètres en arrière. Sur la route, nous croisons toute la troupe qui était allée manifester, sous haute escorte policière, se faisant raccompagner au camp. Nous passons à distance, sans leur faire un signe. Cependant, quelques uns au courant de nos plans parviennent à se faufiler en toute discrétion hors du cordon répressif et à nous rejoindre un peu plus loin.

 

LCL15avenuejeanmedecin.jpg        Avenue Jean Médecin, N°15 . La cible est là, vraiment grande, situées dans un des plus beaux bâtiments, sur un angle des principaux croisement. La grande rue est totalement piétonne, avec en tout sens les magasins et office des grandes enseignes habituelles. Un groupe se tient à l'entrée de l'objectif, un peu en retrait, l'autre sur le trottoir en face, un troisième à l'arrêt du Tram et nos deux derniers de l'autre côté des rails. Un bref coup de fil nous apprend que malheureusement, le camion s'est fait repérer et qu'il est en train d'être contrôlé dans une rue toute proche. Aie ! C'était notre point faible et on s'est reposés dessus. Tout le matériel est dedans. Nous voilà bien embêtés. Que faire, faut-il annuler l'action ou attendre que la situation se débloque. Mais voilà cinq minutes que nous sommes postés que nous commençons déjà à repérer les flics en civil, à sentir ceux en uniforme plus sur les nerfs. C'est sur, l'info du camion à ameuté tout les chiens du quartier...

 

          Je ne sais plutôt trop comment l'action commence. Nous entendons un grand cris, juste devant l'agence bancaire. Je crois que c'est une militante de Uncut France, une bretonne qui se jette sur les portes de la LCL. Dès que nous la voyons partir, nous galopons derrière elle en criant, alors que des quatre coins de la rue les autres groupes accourent eux aussi. Mais dans leur sillage, des silhouettes noires, en uniforme ou non arrivent à la course. Tout se fait vraiment très rapidement. L’échiquier qui avait mis tant de temps à se placer et dans le plus grand calme s'affole d'un coup, avec comme direction, pour tout les sprinteurs, les grandes portes de la banque. Une commissaire qui dès le début avait, me semble-t-il, participé à l'émission du cris de départ tente de nous barrer la route alors que nous chargeons dans l'entrée. Bousculade, les épaules se frottent et tout le monde passe en esquivant ses bars qui nous barrent la route. Dans le même temps, je fait jaillir Karl de son étui. Nous nous précipitons dans le hall en criant des slogans anticapitalistes, alors que j'accompagne notre charge de quelques notes. Mais la police ne reste pas à dormir lorsqu'il s'agit d'une banque, et tout un régiment de gorilles nous suivent de quelques pas. Lorsque tout les lieux sont investis et que nous nous retournons, derrière nous se tient au moins deux fois plus de mercenaires. Tout ce beau monde vient se mêler à notre groupe de manière totalement disséminé, pendant que nous dansons en tout sens à travers l'office de banque, au son de mes claviers. Les employées de l'agence sont complètements choquées par cette entrée plutôt réussie. Nous avons même invités à nous rejoindre deux fois plus de monde que notre groupe initial. Parfait ! Enfin la militant bretonne prend la parole. Elle commence par s'excuser auprès des employées pour cette entrée à moitié réussie, car normalement nous devions leur apporter un peu de décorations et une belle pause goûter. Mais hélas, tout cela est resté dans le fourgon. Elle leur lit donc le manifeste de l'action, avec ce qui est reproché à la banque LCL. Je ne me souviens pas exactement de tout, mais en gros il s'agissait de l'aide publique dont elle avait bénéficié, les bénéfices monstrueux qu'elle en avait tiré et ses placements occultes. D'autres s'expriment aussi sur ce qu'ils reprochent à l'enseigne ou au système bancaire en général et plusieurs déclarations sont faites dans la foulée. Le flics qui nous entourent à présent restent passifs, sans rien dire alors que nous nous exprimons . Des amis me lancent « Allez maintenant Rue de Panam ! »  Je ne me fais pas prier  ! Je lance les fameux accords du début de la chanson des ogres et toute notre bande se remet à danser dans le hall ! Nous chantons tous en cœur quelques couplets, puis nous dirigeons vers la sortie. Une rangée de flics des deux côtés de la porte, deux belles haies en uniforme qui nous ouvrent le passage vers l'extérieur. Dehors toute une foule s'est massée afin de savoir ce qu'ils se passe à LCL. Nous sortons en chantant, tout fiers de notre coup, et pas sur n'importe quel refrain :

 

« Mais croyez moi bientôt

Les flics auront du boulot,

Car tous les vagabonds

Parlent de révolution !

Un jour toutes nos chansons,

Elle vous désarmeront,

Il n'y aura plus que la folie,

La joie et l'anarchie !

La joie et l'anarchie !

La joie dans Paris !

 

ET A NICE AUSSI !!!!

 

 

         « Oyez ! Oyez, Bonnes gens ! Alors que notre système s'effondre et que la corruption de nos dirigeants éclate au grand jour, ceux-ci se réunissent derrière leurs barricades pour tenter de maintenir leur folies quelques pétro-dollards de plus. Rejoignez-nous et venez donc exprimer vos sentiments et vos idées! » Notre groupe n'a pas fait cinq mètres hors de la banque que nous nous arrêtons et invitons toute la foule à faire une assemblée populaire. L'attroupement est conséquent, c'est toute un regroupement populaire que nous avons déclenchés ! Les flics se mettent en cordon autour des portes et des vitrines de la LCL. Les employés se voient contraints à baisser le rideau métallique, cette agence arnaquera moins de monde aujourd'hui. Tout notre groupe s’assoie sur le pavé, en cercle, et le microphone commencent à tourner. Le débat populaire est introduit par les dénonciations des scandales du système bancaire, en prenant pour principale cible l'enseigne devant laquelle nous siégeons. Puis le lien est fait vers le G20 est sa volonté de protéger la finance. Autour du cercle, en plus des bleus, un grand nombre de personnes écoute ce qu'il se dit. Des travailleurs, des gens faisant les magasins, des mères avec poucettes, etc... Le microphone circule de main en main, tantôt entre celles d'un d'entre nous, tantôt entre celles d'un des passants. Ainsi, chacun s'exprime durant une bonne heure, au-cour de laquelle une bonne nouvelle est annoncée : la zouaverie nationale a lâché la grappe au véh

icule de soutien. Tout un tas de bannière est de carton peints viennent alors décorer notre bout de trottoir . Nous accrochons des cartons à slogans sur les piliers de la banque, bien en vue. Les policiers ne bougent pas. La collation prévue arrive elle aussi et nous partageons gâteaux et boissons chaudes avec tout le monde participant au débat (sauf aux policiers qui refusent lorsque nous leur proposons). L'assemblée perd alors son assistance, qui se divise en petits groupes autour du premier grand cercle. Lorsque la nuit tombe enfin et que nous avons tous bien froid, les gens venant s'intéresser à notre attroupement commence à se faire plus rare. Nous stoppons et replions les panneaux, et rentrons tranquillement au camp.


 

         Le soir, après le repas, la tribu sioux entame le débat, éclairée par les flammes. Plusieurs dizaines de personnes sont réunies pour entendre ce qu'il se dit. Le feu est au centre du rassemblement, autour duquel se sont assis de nombreux campeurs. Au delà des quelques cercles assis, de nombreux autres silhouettes noires restent debout, arrivant à peine et tentant de saisir le sujet. Le débat est tendu, les faits sont graves : les deux basques viennent de se voir diagnostiquer un mois de prison ferme et deux de sursis. D'autres militants ont été interpellés durant la manifestation pacifique, mais devraient normalement bientôt ressortir. Certains proposent de riposter par une sortie de nuit, d'autres de lancer une action dès maintenant, alors que les plus sages demandent à laisser la nuit nous aider à réfléchir. Mais l'ambiance est très chaude, le débat est en permanence saccadé par la traduction et parfois par des prises de parole spontanée. D'ailleurs, certains n'étant pas habitués à devoir attendre pour parler se mettent à crier et à injurier le modérateur et le preneur de tour de parole en les traitant de fasciste.

 

376858_2072311380790_1635068648_1738420_2073454126_n.jpg« Allo ! Allo ! Campeurs, marcheurs, indignés ! » Le bus aménagé s'est fait stoppé par la police juste au croisement ! Ils demandent du renfort. L'annonce fait l'effet d'une bombe dans l'assemblée. Une bonne partie du groupe se lève comme une vague se dressant pour déferler. En deux minutes une cinquantaine de militants se dirige groupés vers la sortie des abattoirs, en masse très serrée. Massimiliano, l'ami sicilien de Bruxelles fait résonner sa «??? » dans le peloton de tête qui avance d'un pas décidé. Une cinquantaine de mètre après être sortis du campement, nous apercevons le bus, devant nous, pris dans une nuée de corbeaux. Lorsque la force répressive se rend compte de la marée venant s'abattre sur elles, les CRS viennent monter une digue de leurs boucliers sur la route et notre trottoir, Sur celui d'en face, un vingtaine de BACasses en civil remontent notre colonne. Voyant le piège se refermer, cinq ou six personnes de l'avant décident de repartir au camp pour chercher plus de renfort. Ils partent alors au pas de course, mais l'essaim d'oiseaux en sweat noir s'abbat sur eux, matraque à la main, les plaquent contre un mur et les rossent de coup. La digue vient briser notre élan par devant et sur le flan, nous cernant sur le trottoir. Derrière nous, les quelques rapaces non occupés à maraver les compagnons tombés entre leurs griffes vont bloquer ceux qui pourraient encore sortir du camp. Impuissants, nous voyons nos camarades menottés à terre et fouillés. Notre groupe prisonnier se contente de scander quelques slogans sans trop y croire. Nos amis sont accompagnés aux fourgons lorsque la B.A.C se replie. Toujours dans l'enceinte des flics anti-émeute, je discute avec un photographe. Nous parlons de la situation, moi les mains dans les poches, les siennes sur son appareil photo. Un corbeau caché sous sa capuche nous approche discrètement, son tonfa contondant à la main. « T'as pas à prendre de photo ! » qu'il gueule en assènant un gros coup de gourdin sur l'appareil de mon ami, avant de s'échapper en nous bousculant. Ma connaissance du moment ne peux alors que se lamenter sur son flascheur de vérité brisé d'un geste par cette brute. Perso, j'enrage complet ! J''interpelle un officier, lui dénonçant ce qu'il vient de se passer et lui indiquant l'homme qui a frappé. Mais le gradé n'a rien vu, rien entendu, ne sait rien et ne veux surtout rien savoir. Immaculée république et ta force protectrice.

 

Nous tardons à rentrer lorsque le cordon nous libère. Mon ami photographe tient à avoir des explications et à se faire rembourser son appareil, ou à démarrer une procédure, alors qu'un autre n'a pas récupéré sa carte. Je reste avec les deux, servant de témoin au premier. Nous patientons plusieurs clopes, les flics étant bien plus habiles à donner des coups de matraque que à remplir une fiche. Lorsque enfin nous rentrons, l'assemblée est levée. Vu la soirée rien ne se fera durant la nuit. Demain, l'assemblée du matin nous permettra de nous organiser pour une bonne action dans la journée. Nous regagnons nos tentes après un dernier tour près du feu.

 


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