Des trains pour le sud

Publié le par Peleran

Mardi 24 octobre 2011 :

 

             Nous restons deux nuits chez Jeanine et Patrick, dans leur maison du Val d'Oise. Dormir dans des draps et sur un lit est un bonheur dont j'ai du me passer durant quasiment tout le reste du voyage ! Une bonne douche nous remet à neuf, d'ailleurs Fred nous fait la surprise de sortir de la salle de bain la barbe complètement rasée. Le choc ! Ma grande tante nous lave le linge (merci à elle, les vêtements de voyageurs ne sont pas les plus propres) et nous offre de bon repas. Mon grand-oncle, lui, a deux belles surprises pour nous. La première est pour moi, et je la connaissais en venant : une belle carriole pour vélo dont il ne sers pas et qu'il m'offre généreusement. Elle m'a depuis suivi partout. Mais la seconde est encore plus heureuse : un vélo ! Un bon VTT de marque inconnue, très léger mais robuste, en alu il me semble, de couleur noir et bordeaux. Il est en très bon état, juste les roues sont un peu voilées. Il est lui aussi en quête d'utilisation. Nous pouvons de plus fixer le porte bagage du vélo hollandais sur des pas de vis prévus. Patrick nous le cède aussi ! Nous sommes vraiment ravis ! Fred félicite son vieux vélo de l'avoir mené jusqu'ici et jubile devant sa nouvelle monture qu'il jure de conduire à Athènes. Nous montons les bécanes dans le garage, et trouvons une manière d'attacher la remorque à mon vélo. Durant ce temps, un villageois vient discuter avec nous, reste un moment et repart sur la vielle rouille.

 

           L'après midi, nous partons tout les trois à Cergy-Pontoise pour faire régler les roues et prendre des billets de train Paris-Marseille. Ma grand mètre nous offre une partie du billet pour aller jusqu'en Méditerranée, Patrick la réparation. A la gare je suis reçu au guichet par une jeune femme bien « distinguée », « bien » maquillée et les ongles aux petits dessins. Elle m'annonce une somme astronomique pour faire Paris-Marseille à deux, puis m'ajoute que nous ne pouvons pas prendre les vélos, il faut les envoyer en colis pour encore plus cher. Je pète un câble, la priant de chercher d'autres solutions, lui expliquant que je l'ai déjà fait pour Paris – Toulouse et autres. Je me met à imaginer des combines pour contourner, mais j'ai droit à des « ah non c'est pas possible », « ah c'est ainsi monsieur », etc. Voyant la passion avec laquelle elle a décoré ses ongles, je comprends que ce n'est sûrement pas cette pauvre fille qui va m'aider. Je reviens furieux à la voiture de Patrick et leur annonce la mauvaise nouvelle. Nous rentrons à la maison, et il me faut bien du temps avant de pouvoir digérer la guichetière. Mais elle n'a cherchée que les trains Paris-Marseille. Nous devons découper le trajet en prenant des trains régionaux acceptant les vélos. Nous verrons demain, à Paris.

 

            Le soir alors que nous mangeons, discutant du voyage, j'en viens à parler avec Jeanine à Patrick du problème de la traversée de la mer Adriatique. Alors que nous débattons, cherchant milles solutions, Fred lève les sourcils, étonné, et s'exclame « Mais... Y'a la mer en Grèce ??? » Fou rire général durant cinq minutes !

 

 

Mercredi 25 octobre 2011 :

 

             Nous nous levons vers dix heures le second matin. Le temps de se motiver, de préparer les vélos, et de manger un bon repas, il est déjà une heure de l'après midi. Jeanine nous rend le linge, nous offre des billets pour Paris par le RER, me donne l'argent de ma Grand-Mère et un peu plus de sa part pour mon anniversaire tout proche. Elle offre au passage un billet à Fred. Nous les remercions tout deux encore un milliers de fois, et l'embrassons bien fort. Vers quatorze heure Patrick nous conduit à la gare. Nous l'embrassons lui aussi et montons dans le train pour Paris. Nous nous jetons sur les banquettes, saluant une dernière fois mon grand-oncle. Lorsque le train part, il ne nous reste plus qu'à savourer notre fortune de voyageurs ! Nous avons tout !

 

              Alors que le train, approche de Paris, nous pouvons distinguer les sombres tours du quartier de la Défense. Je ne les avais jamais vues... Une fois à la gare Saint-Lazarre, nous nous rendons aux guichets. C'est alors que j'ai la chance de retrouver Jérémy, toujours sur sa trottinette, un camarade des indignés de Paris. Quelle bonne rencontre ! Il est justement en poste à l'accueil, et lui parviens à m'indiquer bien mieux que la fille de la veille comment aller à Marseille. Il nous faut aller à Dijon pour la nuit avec un TER, puis prendre le lendemain pour Lyon, changer et attraper celui pour Marseille, ce qui nous fera arriver demain soir. Niquel ! L'argent de Mounette est de plus amplement suffisant pour payer le trajet à tout deux. Vraiment, la bonne fortune nous sourit !!!

 

              Traverser Paris en apprenant à se servir d'une carriole est horrible ! Bon, celle-ci suit le vélo sans trop le gêner, mais il faut tenir compte de sa présence en roulant alors que je ne le vois pas. L'intense trafic Parisien n'est pas non plus idéal, mais nous nous retrouvons à y rouler tout deux, moi pas du tout serein en dirigeant mon attelage, et Fred essayant son nouveau vélo. Je ne connais pas non plus l'endroit où nous sommes, ni où nous allons, et je dois tenter de lire ma carte au gré des feux rouges. La galère ! Heureusement, nous parvenons à temps à la gare de Paris-Bercy, et attrapons le train pour Dijon.

 

           Une fois arrivés, vers 22 heures, nous nous mettons à la recherche d'un endroit pour dormir, si possible abrité. Une fois de plus nous demandons à tout les passants si ils connaissent un lieu. C'est alors que nous tombons sur une bande d'étudiants se rendant à une soirée. Ils nous disent ne pas savoir, mais nous invitent à les suivre. Nous nous retrouvons donc à faire soirée avec eux devant le bar. Mais ici non plus personne ne sait où nous pourrions dormir. Nous saluons tout le monde, les remercions pour les verres et leur lançons « on va au lit ! ». Nous trouvons d'ailleurs notre toit quelques centaines de mètres plus loin, un porche, juste à l'entrée d'une maison.

 

 

Jeudi 27 Octobre 2011 :

 

         Nous ne tardons pas à sortir de notre abris de la nuit. Tôt le matin, nous partons nous réchauffer dans un café, non loin de la gare. Notre train pour Lyon quitte le quai à quatorze heure. Nous nous posons donc en attendant à faire la manche. Je m’assoie au soleil sur mon vélo et pianote mon instrument deux heures durant. La matinée est très agréable, je la passe à égayer les gens attendant le bus non loin. Un jeune à l'allure de citadin poète passe devant moi et vient me donner une pièce en me disant « toi, ça se voit que t'aime ta vie ! Sur ton vélo, avec ton accordéon, t'es libre ! » . Je ne trouve rien à répondre, si ce n'est un grand sourire et lui dire merci. Alors que nous avions toute la journée pour aller l'attendre, nous attrapons le train de justesse.

 

            Nous voilà à Lyon. Nous avons une heure à attendre avant le train pour Marseille. Son quai n'est pas encore indiqué. Nous restons donc sur place, là où nous sommes descendus, en attendant. Situation normale... sauf que Fred veut aller s'acheter une bière. Je lui dit de me rejoindre rapidement ici, nous n'avons plus qu'une demi-heure devant nous. Il part. Je l'attends. Les gens passent, le quai se remplit, un train arrive, les voyageurs montent et descendent, le quai se vide. Dix minutes. Je l'attends. Les gens passent, le quai se rempli... Vingts minutes. Je commence à m'inquiéter de son retard. Cinq minutes après, le train est annoncé. Toujours pas de Fred en vu ! Mais que fout-il ! Je descends les escaliers, abandonnant les vélos afin de chercher dans le hall s'il n'est pas là. Je reviens rapidement, bredouille. Plus que deux minutes ! Je tourne sur tout le quai sans perdre de vue les vélos, cherchant à travers la foule, qui se presse à nouveau, un signe de mon compagnon. Sur la voie d'en face, notre train pour Marseille viens accoster le quai. Je rejoins les vélos, fou de rage ! Les voitures se chargent de voyageurs, et j'observe leurs têtes, espérant ne pas l'y voir. J'ai alors très peur que ne me trouvant pas, il décide de monter dans le train sans moi. Nous n'avons aucun moyen pour nous joindre, et j'aurais l'air fin avec tout les bagages ! Les portes se ferment, le convoi se trémousse un coup et repart, juste devant moi... Mais dans ma tête, le pire se passe lorsque je le vois apparaître sur le quai opposé, au moment où le dernier wagon libère la vue. « FRED !!! MAIS QU'EST-CE TU FOUT PUTIN !!! » que je lui gueule à travers la gare ! Il lève alors direct la tête dans ma direction, pendant que je lui crie de me rejoindre. Il dévale les marches et deux secondes après, le voilà enfin ! « J'te trouvai pas le quai fieu ! » qu'il me dit en arrivant . Vraiment énervé, j'imagine alors qu'il n'a même pas regardé le numéro du quai avant de partir. Mieux que ça, il a jeté un coup d'oeil, a vu marqué « Repère S » et il l'a bien mémorisé ! Du coup, il a bien galéré pendant demi-heure à chercher la voie S ! Alors là, sa connerie est haut dessus de tout ! Complètement hors de moi, je ne sais que lui répondre « Tu reste là, tu ne bouges pas, tu surveille les vélos et tu m'attends ». 

 

        Je cours au guichet, cherchant un moyen d'aller à Marseille avec nos billets périmés et nos bécanes. Heureusement, on m'indique que le même train part dans deux-heures, et on me rassure pour la validité de mes billets. Me voilà soulagé ! Je remonte sur le quai, ordonne à Fred de m'attendre ici comme j'ai du le faire et regagne le hall. Plus d'une heure à déambuler dans les environs de la gare me fait beaucoup de bien, et j'en profite pour acheter un peu de bouffe, une bouilloire et de quoi faire du thé. Lorsque vient le train de se préparer à prendre le train, je rejoins mon compagnon qui n'a pas bougé, et nous portons les vélos sur le quai d'en face. Alors enfin, nous prenons le train pour Marseille, arrivée 23h30. Je conseil à Fred de ne pas me parler pendant tout le trajet et me plonge dans le Silmarillon de Tolkien.

 

          Voilà enfin la citée Phocéenne ! Je ne l'avais jamais vue, et du haut de la gare, c'est vrai qu'elle est très belle ! Mais notre visite ne sera que de courte durée : nous la traversons sans trop savoir où aller, cherchant le vieux port. Je m'étais motivé pour aller y boire un pastis pour fêter notre arrivée dans le sud, et au passage tenter de rencontrer de potentiels hôtes. Hélas, le petit jaune descendu, nous n'avons pas discuté avec grand monde si ce n'est la serveuse. Nous repartons donc, cherchant un coin où dormir, à l'abri de la pluie qui commence à tomber. Nous longeons alors toute la côte, vers le sud, durant au moins une demi-heure, sans rien trouver. Petite pause dans un kebab pour combler notre faim, et nous trouvons peu de temps après le refuge tant souhaité : des escaliers ! Un bâtiment du port nous permet ainsi de nous abriter pour la nuit. Nous y installons enfin notre bivouac.

 

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