La Marcha Meseta

Publié le par Peleran

L'aurore dévoile à peine ses premières lueurs que je me réveille. Il est environ sept heure du matin, et nous sommes le trente août 2011, sixième jours de mon voyage vers la Bretagne. Je suis motivé, ce matin, pour avaler les 40 kilomètres me séparant de la Marcha Meseta, avant qu'elle ai pu décamper. Je plie donc mes affaires en vitesse, mange un copieux petit déjeuner, en plus d'un petit café croissant dans une boulangerie, et c'est parti ! J'atteins rapidement Montlieu la Garde, deux jours à peine après que la marche y ait campé. Cela me fait penser un peu à une poursuite . Je  tombe ensuite sur une piste cyclable filant vers le nord. Très agréable, passant à travers bois, je la suis sur une vingtaine de bornes, avec pause café dans un village sur le chemin, aux environs de dix heures. Je reçois alors des textos de Bastien, mon « premier indigné », que j'avais rencontré à Toulouse au Capitole, trois mois auparavant, alors que je cherchais le mouvement. Il me dit qu'il est avec les marcheurs et qu'ils vont bientôt bouger, alors je dois faire vite. J'avale donc mon café et reprend la route.

Une demi heure de course après, terminant par une belle montée  comme on en trouve en Charente, je suis enfin à Barbezieux. Arrivant sur la place principale, je vois que le gros de la marche est déjà partie, mais je trouve Guillaume, Steph en plus de Bastien, trois connaissance de l'Acampada de Bayonne. Je suis bien heureux de les revoir enfin. Sont là aussi quelques espagnols, ceux de l'équipe logistique. Je discute un bout de temps avec mes amis de Baiona, et tente d'échanger quelques mots avec les espagnols, mais mes connaissances du castillan sont alors très médiocre, voir nulle. Je n'arrive donc pas à sortir une phrase, ni à entendre ce qu'ils me racontent. La discussion s'abrège donc rapidement. Mes amis français se remettent ensuite à charger les derniers sacs dans les camions logistique. Celui de Guillaume, Marron, comme je l'avais vu à Bayonne, s'est depuis vu peindre de nombreux slogans dans les deux langues, tout comme le camion blanc que je ne connais pas. J'ai pour info que la marche est partie deux heures avant que j'arrive, et qu'ils ont quarante kilomètres à faire dans la journée... et donc moi quarante kilomètres de plus ! Je repars vers midi, plein nord, direction Angoulême !

318469_136408679789613_571511969_n.jpgC'est dans un véritable cagnard que je roule tout l'après midi. Je commence par sortir de Barbezieux, puis passe sous l'Autoroute, avant d'escalader une belle montée. J'arrive donc dans des petites routes, passant à travers champs, de hameaux en maisons isolées. Je remarque sur la route des soleils avec des flèches, des indications et tout ce qu'il faudrait comme symboles pour guider un groupe de marcheurs. Je déambule donc dans la campagne Charentaise, puis la route que j'emprunte  filant plein Nord sur Angoulême vient longer l'Autoroute Bordeaux-Poitiers, bondée de camions. Et ça monte raide, puis ça redescend aussi sec, avant de regrimper, et ainsi sur tout le trajet. Je croise des soleils, des flèches et des slogans en craies, mais toujours pas de groupe de marcheurs. Les automobilistes auquel je demande n'en on pas vu non plus. Mais les soleils sont là, alors tout va bien.. jusqu'à ce qu'il n'y en ai plus. Je cherche dans les alentours, faisant quelques détours pour retrouver les traces, mais je n'en vois pas une seule. Après quelques temps à chercher, je pense alors que j'ai du les devancer, ou prendre une autre route. Je me décide donc à continuer, quitte à atteindre le lieu de halte avant eux. Je repart donc, toujours plein Nord, le long de l'autoroute. Je finis ainsi les quarante bornes, à monter et descendre, sous le soleil tapant de tout ses feux.

J'arrive en vue d'Angoulême vers seize heures, exténué, mais la route me défie une dernière fois. Après avoir passé la journée à escalader les buttes de la Charente, pour les redescendre directement, voilà que je trouve la ville perchée sur une colline, dominant tout. C'est donc d'un dernier effort sur les pédales que je gravi la pente sur mon vélo, jusqu'au centre ville. Une fois en haut, je contemple un moment le paysage au sud, la région que je viens de traverser. Je demande ensuite à des agents communaux s'ils n'auraient pas entendu parler d'un camp en ville, puis à des passants. Une fois renseigné, je cherche grâce aux indications, me perds, puis tombe enfin sur le camp, par le hasard d'une courte pente. C'est sur la place du marché d'Angoulême que la marche a décidée de se poser. A mon arrivée, le camion marron, celui de Guillaume, est en plein devant la grande porte du hall au marché. Le auvent est déplié, donnant de l'ombre à une petite table d'informations, ainsi qu'à une plusieurs de mes amis de Bayonne. Je papote avec eux un moment, avant de poser mon vélo contre un mur. Les sacs, la nourriture et les autres affaires, collectives ou personnelles ont étés déposées tout prèt par l'équipe logistique. Les marcheurs ne sont pas encore arrivés, et des cuisiniers s'occupent à préparer quelque chose pour leur arrivée ainsi que le repas du soir. Bastien et moi donnons un coup de main à des espagnols, pour dresser des bâches au dessus des affaires, afin de faire de l'ombre. Nous accrochons un côté au grand marché, mais il n'y a rien de mieux que des barrières pour arrimer l'autre coin. Hors, la brise soufflant, la voile ondule et les barrières ne résistent pas. Nous tendons donc de grandes cordes, jusqu'aux lampadaires et autres poteaux, de l'autre côté de la place. L’abri est installé. Nous profitons des cordes tendues pour accrocher des slogans politique, et autres drapeaux. Quelques policiers arrivent peu de temps après. D'autres sont apparemment déjà venus, et un groupe s'occupe d'aller leur parler. Bastien et moi partons alors faire un tour dans la ville, buvant une bière et parlant de l'été qui nous a séparé. Nous repartons ensuite au camp. Je joue un peu d'accordéon au point infos, mais le soleil tapant trop, je me réfugie sous une des bâches avec Bastien et Nico, un autre ami de Bayonne, et fait la connaissance d'une française, Esmeralda, que j'ai revu de nombreuse fois depuis.

Les marcheurs arrivent en fin d'après midi. Avec ou sans gilets fluos, bâtons, sac à dos, tentes, chaussures de marche, cramés par le soleil, des styles bien espagnols, ne parlons pas des coiffures, et bien sur « 15M » ou autres slogans écrits en tout sens. Un monde bien éclectique qui arrive par groupe de deux ou trois, d'autres seuls. Après avoir mangé un bout, tout le monde se met à aller poser sa tente. Je m'installe donc vers le fond de la place du marché, non loin d'une balustrade donnant une vue dominant la région vers le Nord. Près de moi, un marcheur aide une cycliste du groupe à changer sa roue. Je tente de parler avec eux, mais peine perdue, je n'arrive pas à avoir la moindre discussion en castillan. Très fatigué, je m'installe dans ma tente et me repose un moment.

Je ressors de la tente vers neuf heures. Une grande assemblée à lieu en plein milieu de la place. Des « Indignés d'Angoulême » ont répondus au passage de la marche et sont venus prendre la place pour parler. Un grand cercle s'est donc formé, composé d'une cinquantaine de personnes, assise sur des tapis, des cartons, des tabourets transportables, etc... Prise de paroles après prise de paroles, les gens s'expriment, les uns après les autres, parlant de leurs problèmes, connaissances, idées, théories, vision de choses, ou tout sujet à dénoncer. A la fin de chaque phrase, l'orateur momentané s'arrête et un traducteur répète la phrase en français ou en espagnol. Je reste donc un moment à écouter, surtout les marcheurs espagnols parlant de la situation chez eux, en générale ou leur vécu. En plein milieu de l'assemblée, un « Au feu » se fait entendre, venant des terrasses des restaurants, toute proches : l'enseigne de l'une d'elle s'est enflammée, et fond en brûlant par terre. Le feu se propage à côté et au dessus de la terrasse assez rapidement. Panique des clients ! Les tables sont repoussées en grand vacarme, des verres tombent et éclatent sur le sol. Toute la place vient assister à l'évènement et une grande stupeur éclate. Le camp ne reste pas à parloter, un Fran, un espagnol que j'ai souvent revu depuis, attrape une échelle, monte sur la devanture et se met à lutter contre les flammes par je ne sais plus quel moyen. Heureusement les pompiers arrivent rapidement. Beaucoup restent à regarder la scène alors que l'assemblée reprend. Elle s'éternisera jusqu'à ce qu'une grande partie des gens soient partis. Je fais un tour du camp, passant un moment avec les français, avant de regagner ma tente.

Il est six heures du matin, et le marché veut s'installer. Quelqu'un s'occupe de l'expliquer bien fort aux campeurs. Personne ne se jette sur le crieur public, et le camp est réveillé. Mais cinquante dormeurs à lever n'est pas chose facile dans une marche, et malgré les poumons de notre réveil humain, la dernière tente est pliée vers huit heure et le marché se monte comme il peu, à côté. Un carton indiquant l'itinéraire de la journée est posé. La marche démarre progressivement, certains pressés de marcher, d'autres s'attardant. Vers dix heures, je me joins à un petit groupe de marcheurs, mais vu la difficulté de rouler à un rythme de piéton, je ne tarde pas à prendre les devants. La journée promet d'être à nouveau 305113_136411199789361_437449336_n.jpgbien chaude. Je croise sur mon passage quelques groupes de marcheurs partis avant moi, répartis sur une dizaine de kilomètres. Nous nous saluons chaque fois, et je ravitaille plusieurs en eau. Vers midi, je croise une voiture accompagnant la marche, avec trois espagnols, dont une parlant un peu le français, s'occupant de la pause repas. Apparemment, je suis le premier à passer, j'avais donc dépassé tout le monde. Ils me chargent d'aller trouver un coin sympa pour le pic nic, un peu plus loin sur la route, et de les y attendre. Trois kilomètres plus, loin, je trouve dans un village nommé Anais, un terrain de pétanque, bien ombragé, avec des banc et un point d'eau. Je m'arrange pour que la voiture me retrouve, ce qui a lieu sans problèmes et assez rapidement. Nous sortons donc la nourriture du pic-nic, et attendons les marcheurs. Les premiers arrivent rapidement, une demi-heure environ, mais les derniers mettront au moins deux heures de plus à venir. Une fois qu'une grande partie des marcheurs est arrivée, nous nous mettons à table, en gardant la part des retardataires. Presque tout le monde autour de moi parle espagnol, et je me sens un peu perdu au milieu de tout ces ibères noircis au soleil, criant sans cesse en rigolant. Je ne tente pas trop la discussion, ou alors juste le minimum. Une fois repus, je me pose sur un banc, à l'ombre, et me lance dans une bonne sieste.

Je me réveil vers six heures, après avoir dormis au moins quatre heures. Plus personne n'est là, les marcheurs sont sûrement repartis il y a longtemps. Je remonte donc sur mon vélo et reprend la route. Il me reste une quinzaine de kilomètres avant Maine-de-Boixe, l'étape de ce soir. Le soleil a bien baissé, l'air est redevenu agréable, et c'est un vrai plaisir de rouler en cette fin de journée. A la sortie du village de Tourier, juste avant la grande côte, je croise un marcheur, esseulé, espagnol, qui arrive à me faire comprendre qu'il faisait la sieste au bord de la route, lui aussi, et qu'il vient aussi de se réveiller. Je lui souhaite une bonne continuation, et « hasta luego ». Cinq bornes plus loin, je tombe sur deux autres espagnols, attendant le long de la route. Ils sont là pour une information de cours de route. Ils parviennent donc à m'expliquer que la halte ne se fera pas à Maine-de-Boixe, mais à Mansle. Je leur indique qu'un marcheur est encore derrière moi, ils décident donc de l'attendre. Je continue ma route, roulant tranquillement, par cette belle fin d'après midi, continuant à rouler sur les petites routes de la campagne.

300659_136421129788368_1519135445_n.jpgJ'arrive à Mansle assez tard. Presque tout le monde est déjà là. La Marche s'est installée en plein centre-ville, avec la cuisine sous un grand kiosque. A l'entrée, un point d'informations est installés, et quelques locaux discutent avec les français. Je retrouve Bastien qui me fait visiter le camp provisoire. La cuisine est installée sous le grand abris, et quelques personnes s'activent à préparer des légumes. Nous descendons ensuite les marches, d'un escalier, et nous arrivons sur le bord de la Charente. Nous nous posons sur un coin herbeux, avec sur notre droite l'ancien lavoir municipal. Je sors mon accordéon, et nous passons le temps un moment, entre musique et discutions. Je m’assois ensuite avec Steph pour partager nos connaissances du piano du pauvre, mais une hôtelière vient gueuler car nous dérangeons sa clientèle. Nous la recevons assez mal, il n'est que huit heure du soir, mais nous arrêtons tout de même peu de temps après, par lassitude. Le repas est distribué vers dix heures du soir, principalement composé de légumes et de féculents. Je m'assoie pour manger avec un groupe de français, puis chacun par laver son assiette à la fontaine toute proche. J'installe ensuite ma tente, rapidement, puis pars écouter l'assemblée interne de la marche. Le débat porte tour à tour sur des problèmes d'organisation, ou des points à clarifier, etc... Etant de passage dans la marche, voulant comprendre, mais ne sachant rien, n'entendant rien au castillan, je me lasse assez vite. Je rejoins ma tente pour dormir, alors que l'assemblée se poursuit.

J'ignore complètement le brouhaha du matin et continue à dormir jusqu'à au moins dix heures. Je sors alors de ma tente, alors que tout le camp est déjà debout, et beaucoup de tentes déjà pliées. Je range donc la mienne et remonte mes sacoches sur le vélo. Je fait ensuite un tour. Quelques marcheurs sont déjà partis, d'autres ne vont pas tarder. Le carton d'itinéraire est exposé au point info, bien en évidences, et quelques personnes s'occupent à se le recopier. Je fais de même, souhaite à plus tard au groupe restant et grimpe sur mon vélo. Le ciel est plutôt gris, voir menaçant. Je rattrape beaucoup de marcheurs au fur et à mesure de la journée. Tout la route se fait le long de la Charente, à l'inverse du courant. Vers quinze heure, le temps est de plus en plus menaçant. Profitant de la halte de quelques marcheurs, je fait une pause avec eux pour mettre mes imperméables sur mes sacoches, par précaution. D'ailleurs, les espagnols ont tous un poncho sous la main, et pour certain un sac poubelle. Les premières gouttes tombent alors que j'atteins Ruffec. Je me précipite dans le centre-ville, et c'est un déluge qui s'abbat quelques secondes après que je me sois parvenu sous un porche de la place centrale. Un café est ouvert juste en face, je m'y réfugie. Le temps que l'averse cesse, je lit les fait divers, faisant office d'informations, du journal local. Je n'en ai pas grand  souvenir.

296346 136410599789421 1733174546 njJ'arrive au lieu de camp vers 18 heure, entrant dans le même temps dans le département de la Vienne. Le ciel est redevenu bleu, après s'être déchaîné près d'une heure. La marche est posée pour ce soir dans un grand parc, dont les propriétaires nous ont invités à venir y camper.  La cuisine est installée sous un porche, et le reste des affaires est déposé non loin, couvert par une bâche tendue, au-dessus. Je pose mon vélo dans un coin du parc, à l'ombre des arbres, contre une table de pic-nic et dresse ma tente aux alentours. Les marcheurs arrivent dans le même temps, et font de même, après avoir soufflé un coup. Quand « comida » est crié, le camp se rassemble autour de la cuisine. Une ovation est faite pour les cuisiniers, et on se place dans la queue pour avoir sa gamelle de légumes et de riz. Un fruit en dessert, puis une queue se reforme pour la vaisselle. Après le repas, je me pause à jouer avec des guitaristes espagnols ainsi qu'un allemand. Peu de temps, car lorsque l'appel à l'assemblée est crié, je m'y joint. Celle de ce soir là est très mouvementée, car plusieurs problèmes on lieu. Les deux camions appuyant la marche sont en rade, mais ce qui cause le plus d'émois est un problème financier. Le responsable de la caisse l'a prise en otage, et ne daigne la rendre que si la marche se plie à ses exigences (je ne me souviens plus lesquelles). Il est en attendant allez faire la fête avec deux autres, buvant et mangeant des grillades, sans que personne sache comment ce sont-ils procurés cela (mais tout le monde s'en doute). L'assemblée appelle donc le responsable caisse, plusieurs minutes. Il finit enfin par se manifester traverse le pré en s'énervant, vient gesticuler autour du cercle, à moitié saoul, criant et rageant en castillan, puis repars en injuriant toute la marche. Plutôt dégoûté par la scène, je quitte l'assemblée et finis la soirée au camion de Guillaume. J'apprends avant de dormir que l'assemblée a consensué que la marche resterait la journée du lendemain au même endroit, afin que tout le monde se repose, régler les problèmes du camion et de la caisse.

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