Manifestacion de la Marcha Bruselas en Paris!

Publié le par Peleran

 

Samedi 17 Septembre

 

Aujourd'hui, pas question de traîner dans le sac de couchage ! De toute manière, des marcheurs espagnols me repèrent et viennent me réveiller derrière ma table. Il est tout de même 10 heures, au moins, et c'est un grand jour pour la Marcha Bruselas ! C'est enfin aujourd'hui la manifestation dans Paris ! Je range les affaires de mon vélo rapidement, et observe la préparation espagnole. Je ne sais pas trop quoi faire pour aider, ne connaissant de plus personne. Certains fignolent leurs pancartes et banderoles, d'autres se maquillent ou se rasent en crête. L'un d'eux s'est fabriqué un grand drapeau, plein de slogans, et il s'amuse à le faire virevolter en dansant. Une marcheuse de Barcelone parlant aussi français m'interpelle pour que je note mon nom et mon numéro sur une liste en cas de problème (policier). En ayant mare de me tourner les pouces, je pars faire un tour dehors pour déjeuner. J'attends donc la sortie de la marche non loin, sur une place d'Ivry. Au bout d'un moment, un grand raffut se sait entendre au fond de la rue. Le drapeau vole, les pancartes sont déployés, et le groupe d'espagnols maquillés pour la guerre apparaît, marchant sur la chaussée en criant des slogans en Castillan. Je rejoins le groupe, tentant de répéter les phrases, sans grand succès. Nous entrons ainsi dans Paris, en manif sauvage, appelant les passants et riverains à descendre nous rejoindre. « Ne nous regardez pas, rejoignez nous ». Il est amusant aussi d'écouter les espagnols tenter de crier les slogans en français. Après avoir déambuler dans les ruelles, nous longeons une ligne de tramway. Le groupe commence à se fatiguer de mettre tout ce boucan, mais l 'énergie reste forte, et nous ne passons pas inaperçu, loin de là !

 

Vers midi, nous remontons une grande avenue, coupée en son centre par la ligne de métro. C'est alors que devant nous, nous apercevons un grand groupe, autant indiscipliné et bariolé de toutes couleurs que le notre. Ce sont ceux de la Marcha Meseta ! Les deux groupes se ruent l'un vers l'autre, tout le monde se sert dans les bras, embrasse le premier venu, puis le suivant, une connaissance, un autre jusqu'à ce que nous soyons tous collés les uns contre les autres, sautant, tournant, souriant, en chantant « Embraso colectivo » ! Puis, tout le monde applaudi, plein d'allégresse, et le groupe se desserre, plein d'énergie collective. Une bien belle façon de se retrouver ! Cela se passe devant les portes de la Cité Internationale, une université de Paris. Un lieu parfait pour notre groupe multiculturel ! C'est ainsi que nous passons sous le grand portail donnant sur la cour d'entrée. Des français, bien entendu, des espagnols, ça va sans sire, mais aussi une grecque et des allemands venus avec la Meseta, et des Basques, ayant rejoins en route, des Catalans, et il me semble aussi des anglais, des latinos-américains, et sûrement d'autres.296908 217941831598973 100001494731600 575182 1478874586 nOn comptera aussi un Luchonnais ce jour là, plutôt perdu, dans cette diversité ! Mais il posa son vélo, et se contenta d'observer l'activité de la foule, en se balandant parmis celle-ci. On déploit de grandes bannières, devant les portes principales de l'université, sur de grandes bandes d'herbes. Sur deux d'entre elles est marqué « GLOBAL MOVEMENT », sur une autre est écrit en vert quasiment tout les peuples du monde, avec de petits personnages tout en bas formant une farandole, et sur la dernière, tout à côté, sont inscrits en rouge certains des plus grands criminels de l'humanité , de Rockfeller à Poutine, en passant par Bush et Al-Assad. De tout côté, d'autres bannières, cartons, banderoles, pancartes et drapeaux sont dressées, revendiquant la démocratie réelle, la paix, l'amour, la justice, la fin du capitalisme, le réveil des peuples, la « re-évolution »... Ce sont des slogans, des citation, des phrases à méditer, voir juste un mot, écrit sur un support. D'autres sont pleines de recherche, d'art, de créativité. Est encore, ce n'est que ce que je vois au début, car de nombreux groupes se forment, les futurs manifestants décorant d'autres cartons, d'autres slogans, toujours plus de revendications. Un groupe dessine des panneaux, dans le but de rebaptiser les rues au passage de la manifestation. « Avenue de la Démocratie, Rue de la Liberté Réelle, Place de la Marche... ». Il y a aussi une cuisine, divers groupes préparant des actions pour la manifestation, des ateliers de maquillage et de création de masques. D'ailleurs de nombreuses personnes ont le visage décorés de milles couleurs, allant des peintures de guerres aux papillons multicolores couvrant tout le visage. Les masques ne manquent pas non 298475_217946161598540_100001494731600_575242_1648393336_n.jpgplus, allant du carton personnalisé avec des trous pour le nez et les yeux, jusqu'au traditionnel masque de Guy Fawkes/V pour Vendetta/Anonymous. Des photographes, journalistes et caméramans se déplacent dans la foule, interviewant certains, immortalisant un geste ou une expression d'un cliché. Une assemblée informative se tient. Un marcheur de Barcelone, que je ne connais alors pas encore, déguisé et maquillé un peu comme le clown dans Batman brandit un mégaphone et explique en espagnol, le déroulement de la manifestation tel qu'elle a été organisée dans les assemblées préalables. Un traducteur reprend en français à la fin de chaque phrase. Il énonce aussi les groupes de travail de dernière minutes qui doivent se tenir afin de fignoler certains détails avant le départ du cortège. Après quoi, l'assemblée se disperse. Les auditeurs se répartissent dans les sous groupes, créant des plus petites assemblées un peu partout dans la cour.

 

305088_217944458265377_100001494731600_575220_409025624_n.jpgUn musicien que j'avais rencontré à la Meseta, joueur de la flûte irlandaise, m'aborde, accompagné d'un andalou, guitariste, que je ne connais pas. Il savent que je joue de l'accordéon. Ils comptent monter un groupe de musiciens pour la fin de la manifestation, lorsque nous arriverons à la Bastille, et me prie donc de me joindre à eux. Avec joie ! Je détache mon instrument de mon vélo et les rejoins, un plein milieu de la cour, en face de la cuisine. Franck, un guitariste/trompettiste Allemand de la Meseta est là lui aussi, et nous démarrons donc un petit « beuf musical », cherchant à trouver un terrain d'entente à nos arts. Je suis alors loin d'être à l'aise dans l'improvisation musicale... on va dire carrément que je n'arrive à rien ! Nous essayons ensuite de suivre le flûtiste sur un air de sa flûte irlandaise, puis de jouer « Rue de Panam » tous ensemble. Certains français nous rejoignent dans le chant, et c'est un joli groupe de musique qui se créée. La cuisine appelle pour le repas, et une longue queue se forme devant nous alors que nous jouons. On va pas manger avant un moment ! Par miracle certains des cuisiniers nous apportent un plateaux repas plutôt copieux !

 

296517_218109258248897_100001494731600_575913_634650815_n.jpgAprès le repas, les manifestants commencent à s'aggiter. La cour est plus en plus bondée, de nombreuses personnes nous ayant rejoins depuis notre arrivée. Derniers préparatifs, derniers maquillage, les pancartes sont dressées, les cartons fixés, sur le ventre ou dans le dos. N'ayant rien écris, j'accroche au derrière de mon vélo le numéro de cette semaine de Courriers International, que j'avais lu dans le train, portant en gros titre « 2011, Année révoltée ». Je tente de me faire un passage parmi la foule avec mon gros vélo, mais je suis stoppé par le passage des quatre grandes banderoles , portées par tout un cortège, en direction du grand portail. Une fois ces longs draps passés, tout le groupe se met en branle vers la sortie, et la cour se vide au dehors, envahissant les deux chaussées et les lignes du tramway. Des policiers municipaux en scooter sont déjà là pour la circulation. Organisés les types, y'a du sérieux dans le travail ! La manifestation prend forme, Le cortège s'étendant d'un côté du tramway, sur la route, regroupant environ 2000 personnes. La grande banderole « Marcha Popular a Bruselas » vient se placer en tête. Le reste suit comme il peut se placer, avec les 4 grands draps en son centre.

 

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La manifestation commence donc par suivre le métro, puis tourne en direction de la Seine . Je ne connais pas du tout Paris à ce moment là, et ne saurais donc dire exactement par où nous passons. Le cortège fait grand bruit en passant dans les avenues Parisiennes, nous crions tout un tas de slogans, nous appelons les riverains sortis à leurs fenêtres à venir nous rejoindre, etc... Dès que nous passons devant une banque, tout le monde la pointe du doigt, criant « coupable ! ». De nombreuses personnes se couchent devant la banque, faisant les mortes, pour dénoncer les meurtres 313045 218112514915238 100001494731600 575961 48644502 nde masses silencieux dont ces enseignes se rendent coupable. Rapidement, des équipes se chargent de poser du ruban adhésif, des autocollants, des slogans en craie et autres « dégradations non dégradante », un peu partout sur la banque, particulièrement sur le guichet de retraits, la porte et les publicités. Le groupe continue ensuite sa route, plein d'énergie. Quelques banquiers/politiciens courent parmi la foule, tenant un flic en laisse, afin d'attaquer les rebelles au système. Arrivés à un grand croisement, l'envie nous prend d'y faire une « pause ». Nous bloquons donc la circulation plus que nécessaire, et improvisons une belle danse devant les parisiens étonnés. Nous chantons, nous courrons dans tout les sens, nous invitons les gens à nous rejoindre, nous distribuons des tracts. Une des manifestantes, danse en plein milieu de la route, habillées tout en dorées, avec des espèces d'ailes sous les bras. Un vrai papillon faisant sa parade ! D'un coup, une partie du groupe s'écroule, raide. Comme d'habitude, nous traçons à la craie les contours des corps, un peu comme pour les enquêtes criminelles. Le groupe repart par la suite. Nous pourrissons quelques autres offices de banque sur notre passage, mais des policiers en tenue anti-émeute nous sont assignés, pour protéger les vitrines. Bien entendu, la venue des robots créée quelques excitations, mais nous nous contentons de le huer, de leurs crier qu'ils protègent de criminels, de les associer aux coupables et de faire les morts devant eux. Nous traversons ensuite la Seine et arrivons sur la parvis de Notre-Dame, bondée de touristes. Nous y faisons une belle démonstration! Danse, chant, banderoles, scène d'hécatombe, puis nous repartons. Nous terminons de traverser la scène, et arrivons devant l'Hôtel de Ville. Un événement de basket se tient sur la place. Nous le contournons en grand bruit et continuons notre route. Difficile à dire par où nous passons par la suite. Je ne m'en souviens pas. Bien sur, on « dégrade gentiment » toutes les banques non protégées par les robots, qui sont d'ailleurs de plus en plus nombreux autours de nous. A un moment, un groupe de policiers en armure remonte en courant tout le cortège, on ne sait pour quelle raison. Beaucoup d'entre nous se lancent immédiatement à leur poursuite, courant derrière eux, voir les devançant vu le poids de leur équipement, le tout plein de cris, de moqueries et dans une atmosphère bon enfant. Je profite de mon vélo pour me lancer moi aussi dans la course, et j'ai tôt fait de déplacer tout le groupe, en hurlant comme un indien. Au final, l'escouade se place devant une office de banque, mais une bonne partie des manifestants y arrivent en même temps. Un instant bien comique. Nous parvenons ensuite devant la Banque de France. Nous y faisons un grand tapage, criant notre indignation, mais il est plus de 18 heure, qui plus est un samedi. Je ne pense pas que beaucoup des technocrates nous aient entendus. Par contre, la police embarque des c308406 144226842341130 1009774208 nompagnons ayant marqués des slogans, à la craie, sur un mur du bâtiment. Tout le cortège se groupe alors devant le cordon policier, faisant pression pour la libération de nos compagnons. Nous obtenons gains de cause au bout de 10 minutes. La police les relâche après avoir pris leur identité. La manifestation poursuit sa route peu après, cette fois bien encadrée par les flics. La nuit ne tarde pas à tomber, accompagnée de la pluie. Tout le groupe est rapidement trempé jusqu'au os, mais la dynamique persiste, et le vacarme dans Paris continue de plus belle. Une autre anecdote marrante : vers vingt heure, un groupe de flics en armure remonte le cortège sur son flanc gauche, en file indienne. On leur chante « à la queue leuleu » pour les motiver dans leur noble tâche. Je me poste derrière le dernier de la file pour profiter de leur sillon dans la foule, et remonter jusqu'à la tête. La manifestation s'étend alors sur plusieurs centaines de mètres, car nous passons dans une rue plutôt étroite, et l'avant ne ralenti jamais la cadence pour attendre l'arrière. Une fois au bout, les policiers vont se poster devant une banque pour la protéger de notre vandalisme tellement dangereux, mais changent subitement de côté , allant encercler les poubelles. Il faut dire que tout un tas de bouteilles vides sont posées là, à la vue de tous. Perspicace la police ! La Marche leur passe devant en criant « Libérez les poubelles ! », et la banque se fait pourrir comme il faut !

 

Nous sommes trempés ! Encore, j'ai des affaires pour me couvrir, et me protéger de la pluie, mais beaucoup des marcheurs sont en tenue légère, avec le maquillage leur coulant sur tout le visage. Les bannières ont été repliées, les cartons plein d'eau abandonnés sur le passage. Cela fait plusieurs heures que nous marchons dans Paris, et nous sommes tous bien fatigués. Nous arrivons Place des Vosges, et nous nous accordons une petite pause sous un porche. Je tente de rouler une clope, mais mes doigts mouillés me rendent la tâche impossible. De plus, les flics nous suivant envoi leurs plus gros gorilles pour nous faire lever une fois que le gros de la manif est passé. Bref, nous sommes rejetés sous les goûtes, mais la place de la Bastille est juste à côté. Nous obliquons donc au bout de la rue, et devant nous se dresse la grande colonne de la place. Je prends de l'avance sur mon vélo, et surprise, c'est un vrai guets-apens qui nous attend sur place. Deux énormes cordons d'armures sont déployés : l'un sur notre droite, et l'autre sur notre gauche. Bien entendu, les condés ont sortis l'artillerie lourde pour matraquer sans avarice, les fusils à boule en caoutchouc, les casques et les boucliers. Un groupe d'une centaine de manifestants nous attend devant les marches de l'opéra, ces dernières elles aussi occupées par la gendarmerie. Nous avons donc le choix entre aller sur la dalle devant l'opéra et aller devant l'opéra sur la dalle. Je longe les cordons de Gendarmerie Mobile sur mon vélo, en gueulant à nouveau comme un indien, puis fait des tours en attendant la manif. Celle-ci entre sur la place, autant ahurie que moi par le dispositif répressif en place. Il n'y a pas trop le choix, nous avançons jusqu'au milieu de la place, où nous retrouvons le comité d'accueil venu à notre rencontre. Gros embraso colectivo entre tous, mais derrière nous, le cordon se referme. Certains rejoignent la dalle de l'opéra. Les flics nous poussent mais certains, comme moi ne bougent pas. Les robots me 301313 144224269008054 2139602143 nsaisissent et me menacent de me confisquer mon vélo si je ne bouge pas. Je rejoins donc le trottoir, pose ma bécane et repars sur la chaussée, avec ceux ne voulant pas reculer. Bien sur, beaucoup jugent une résistance ici inutile, et je suis presque de leur avis, mais j'y vais par principe. Nous formons donc un groupe assis à terre, nous tenant les uns les autres, mais la préparation ayant été mal faite, les gendarmes nous saisissent les uns après les autres. Ils tirent sur les personnes au premier rang alors que ceux de derrière tentent de les retenir . Les coups de matraques, de genoux et de poings pleuvent. Les insultes répondent, ainsi que les dénonciations des actes violents et les flash d'appareils photos. Une vingtaine de manifestants sont attrapés, trainés sans ménagement sur le pavé, alors que le reste du groupe, voyant l'action perdue se replie sur la dalle de l'opéra. Après avoir subi une fouille et un contrôle d'identité, les interpellés sont ramenés parmis nous .

 

Il est au vingt et une heure trente ce samedi 17 septembre, à Paris, place de la Bastille. La pluie battante ne se fatigue pas. Notre groupe de manifestants est parqué sur tout le trottoir, une ligne de flics aux rangs serrés et muni de tout un arsenal répressif en guise de clôture . Derrière eux, leur fourgons forment une seconde ligne, cachant la scène aux yeux des automobilistes qui ont repris possession de la chaussée. Personne ne peut sortir de l'enclos. Il n'y a pas d'abris, si ce n'est un abri bus bondé. Perdu dans la situation, je pars me poser sur la terrasse d'un restaurant. A notre arrivée, le patron a eu la bienveillance de replier sa devanture, afin que nous puissions profiter au mieux de la douche naturelle, sans être tentés par le vice de se protéger sous son toit. La bonté parisienne ! Qu'importe, je me trouve une chaise moins mouillée que les autres car elle était sous le la bâche une fois roulée. Un abris de fortune . Mon buste n'est pas sous la pluie, mais mon pantalon toujours autant. Bastien me rejoint, et nous mettons en cône, à deux pas des uniformes , de quoi nous décontracter et faire retomber cette mauvaise pression. Quelques manifestants nous rejoignent, et nous commentons la situation. Mais le patron du bar et un employé sortent pour replier la terrasse et nous recommandent de libérer leur chaises avec tout un flot d'injures au passage. Direct, des gens de notre groupe réagissent à la provocation, et l'embrouille manque de se transformer rapidement en bagarre. On sépare les énervés, le patron continue d'injurier tout le monde, les énervés comme les pacificateurs. Il range sa terrasse, et le cordon policer se place devant la terrasse pour que nous ne repartions pas sous le bout de bâche. D'ailleurs, je fais un tour de l'encerclement et vois que celui-ci s'est rétréci. L'abri bus où beaucoup s'étaient réfugiés ont été évacués, et font désormais partie de la « ligne de front ». Mon vélo est posé contre la vitre, mais on ne peut plus se réfugier sous le toit. Un groupe de manifestants s'est mis en assemblée afin de savoir quoi faire vu qu'on ne peux rien faire. Bonne chance les gars pour le consensus ! Une journaliste, que j'avais vu ce midi et dans la manif , se balade dans la foule. Bien coiffée, en maquillage, et bien vêtue auparavant, la pluie ne l'a pas loupée, sans lui ôter son charme pour autant. Elle me fait une petite interview, je suis tout content d'avoir 2 minutes d'entretien avec elle, malgré le fait qu'un micro nous sépare. Elle m'explique ensuite qu'elle travaille pour une télé alternative d'internet, « La Télé Libre » si mes souvenir son bon. J'envoie à tout mon répertoire le conseil d' aller mater les infos sur ce site pour voir ce qu'il se passe à Paris, et la remercie.

 

La pluie s'est arrêtée ! Enfin !!! Je change mes chaussettes, et pars distribuer un paquet de madeleines que j'avais gardé de ce matin. Je me balade ainsi dans l'enclos, puis passe en revue la belle répression française. En uniforme impeccable mon commandant ! Je retrouve Bastien... en plein discours moralisateur avec une matraque. Le casque le fixe d'un air benêt, mais il persiste et lui explique la folie du monde. Pas sur qu'il ai pigé, en tout cas le discours est beau quand tu comprends. Je trouve un couple de parisiens ayant rejoins la manifestation durant l'après midi. Je papote avec eux un moment, jusqu'à ce que la rumeur comme quoi nous pouvons sortir se fait entendre. Le couple m'invite donc à venir manger avec eux. Je refuse en remerciant, préférant rester sur la dalle. Nous ne pouvons sortir que du côté droit, par rapport aux marches. Pas mal de personnes sortent elles aussi vaquer à une occupation, et le cordon en profite pour se resserrer encore. Cependant, lorsqu'une grande partie de la foule revient, on leur apprend qu'ils ne peuvent plus rentrer. Tampis, vu que la ligne de robots à avancée et empiète une bonne partie du trottoir, les « revenants » se groupent de l'autre côté des rangs. On se retrouve donc dans une situation assez comique, avec la ligne de gendarmes coincée entre deux groupes de manifestants. La stratégie policière mise en place est surement assez compliquée à comprendre pour nos esprits rebelles, mais je la trouve personnellement très conne ! Surtout que par trois fois, une seconde ligne se déploie le long de la première, et repousse le groupe de « revenants » sur le trottoir d'en face. Celui-ci recule chaque fois dans le calme, reste deux minutes, le temps que la ligne supplémentaire reparte à ces fourgons, puis reviens dans le calme. Trois fois la même histoire ! Va les comprendre ces armures vides ! Je m'interroge auprès d'eux pour comprendre. Je demande donc à plusieurs, d'entre eux à quoi ça rime, d'autant plus que nous avons l'autorisation d'occuper tout le trottoir. On me baisse les yeux, on regarde ailleurs, on regarde ses pieds. J'interpelle un lieutenant, qui me conseil de fermer ma gueule ! Enfin, le repas arrive, sortant de je ne sais où. Petit problème, les gendarmes ne veulent pas laisser passer les cagettes par dessus leurs grosses épaulières, ni entre leurs cuissardes. Un jeune manifestant, monté sur le toit de la cabine téléphonique s'occupe donc d'attraper les cagettes et de les passer de l'autre côté. Et c'est ainsi que la résistance s'organise. Un flic muni d'un flash ball ne tarde pas à vouloir le prendre en joue, jubilant à voix haute sur cette cible parfaite, mais un ses officiers refuse. On distribue les sandwichs, quel bonheur !

 

Monté sur une cabine téléphonique, côté « revenants », une manifestante entonne « Rue de Panam ». Je sors mon accordéon et la suit sur la chanson. Un joli petit groupe se forme, puis je chante Bella Ciao et quelques autres musiques, dont La Bastille de Brel, lieu idéal pour la chanter ! Les musiciens de ce midi me rejoignent et nous nous lançons donc dans à faire un peu de musique. Mais peu à peu, le trottoir se vide, autant en flics qu'en manifestants. Sur les marches, il n'y a plus qu'un quart des effectifs de départ. D'ailleurs, le cordon composé de gendarmes mobiles en tenue anti-émeute 309464 144229732340841 1961050480 net remplacé par des CRS en pulls. Vers vingt trois heures, les marches se motivent à partir. On a trouvé un lieu où dormir pour la Marche Meseta, et je décide de partir avec cette Marche, vu que c'est là que je connais le plus de monde. La Marcha Barcelona repart à Ivry, et la notre doit sortir de Paris en TER. Nous sommes raccompagnés au métro de la gare de Lyon, où nous pénétrons groupés. Une bonne centaine de marcheurs envahis donc les souterrains de la machine parisienne, et grimpent par dessus les portes de sécurité pour envahir les quais. La marche Meseta compte avec elle trois vélos de voyages, dont le mien est le plus gros, et ils sont soulevés à bouts de bras par des dizaines de mains pour leur faire passer les portique. Merci les copains !!! Les marches se séparent, et je reste avec la Meseta, suivant le contingent à travers les galeries en discutant avec une photographe en Anglais. Nous prenons ensuite le TER, investissant tout un wagon. Une bonne partie du groupe est composée d' espagnols, chahutant entre eux, rigolant bruyamment et s'interpelant d'un bout à l'autre du wagon. Je suis mort de rire, mais une Parisienne prend la situation beaucoup moins gaiement. Un des espagnols assez costaud s'est assis à côté d'elle. En kilt, les vêtements trempés, sentant comme il faut le voyageur... La fille se colle contre la vitre en se bouchant le nez. Pour la bande d'espagnols, c'est une perche tendue ! Tous ceux assis à côté d'elle se déchaussent, enlèvent leurs chaussettes, et l'un s'occupe de ses pieds alors que l'autre les laisse respirer. Le wagon est hilare, les commentaires moqueurs en castillan fusent de tout côté, et la pauvre jeunette s'écroule contre la vitre du train complètement crispée sur son nez. Au bout d'un bon moment, nous arrivons à la gare. Nous sortons du wagon, souhaitant bonne soirée à tout le monde, et tout le monde se marre en passant devant la vitre où la parisienne s'acharne à nous tendre des doigts d'honneurs ! Nous descendons les marches, tout le groupe repasse les portiques en sautant et les vélos sont à nouveau soulevés. Derrière leurs comptoirs, l'un des agents de sécurité gesticule au combiné en nous regardant avec des yeux dépassés, alors que l'autre a sorti sa matraque, avec des yeux plus dans la peur que dans la menace. Nous sortons de la gare en rigolant.

 

Une fois regroupés à l'entrée de la gare, nous poireautons un moment pendant que d'autres cherchent la route. Une élue municipale d'un patelin des environs de Paris a réussi à nous récupérer la clef d'un gymnase de sa commune, où nous pouvons passer la nuit plus tout le lendemain dimanche, seconde nuit comprise. Une des voitures d'appui de la marche nous rejoins, pour nous indiquer la route. Cinq minutes de marche et nous pourrons enfin nous poser, nous changer, nous reposer. Mais c'est sans compter la flicaille parisienne qui a décidée de nous pousser à bout. En effet, si tôt passé le pont de la Marne, alors que nous passons dans une petite place, une voiture se gare à l'arrache à notre niveau. Deux types en sortent, l'un habillé d'une veste en cuir noir, l'autre d'une veste à capuche noir elle aussi. A leur ceinture, tout un arsenal répressif. Ce sont deux agents de la B.A.C du secteur. Les deux policiers viennent nous interroger sur notre présence incongrue, sur notre destination, etc... Très vite, d'autre voiture banalisées rappliquent avec un lieutenant dans le lot de renfort. Nous tentons d'expliquer à l'officier, mais celui-ci, répondant qu'il n'a pas été prévenu, nous ordonne de rester sur la place. Certains en ont clairement ras le bol de cette oppression constante, et décident de poursuivre la route vers le gymnase. Il est plus de minuit, nous sommes crevés, les esprits s'échauffent, et certains s'énervent sur les condés. Mais le groupe de la B.A.C nous encercle et les condés nous menacent de leur armes. D'autres voitures de police, banalisées ou non continuent d'arriver, et c'est carrément un commandant qui se ramène par la suite. Ceux tentant la négociation lui recommandent d'appeler ses supérieurs qui ont été prévenus de notre itinéraire dès la Bastille. De plus, nous avons les clefs du gymnase en preuve de notre bonne foi... le flic répond qu'on les a sûrement volées ! De notre côté, nous tentons de joindre l'élue qui nous a trouvé le gymnase, bien sûr, on la réveille. C'est à nous de faire toutes les démarches alors que la police parisienne avait été parfaitement prévenue par la mairie d'accueil. Bravo commandant ! Ne voulant pas perdre mon temps à écouter des conneries engalonnées , je passe en revue une fois de plus la bande de clébards en faction autour de nous. Cette fois, pas d'uniforme ou très peu ni de plaques d'armures . Certains sont en veste en cuir, avec bonnet et cache-nez où ils dissimulent leur visage. Certains ont carrément la capuche, la cagoule, ou un foulard ne laissant voir que les yeux. Ben tiens, et c'est qui les racailles après ça! Certains espagnols avaient profités de la pause offerte par la bande de gorilles pour aller pourrir une office de la société générale, mais on été repoussées par les renforts après cela. Une bonne partie de notre groupe d'otages s'occupe donc a jouer à « un deux trois soleil » contre un camion, maintenant ainsi une énergie positive dans le groupe. A côté d'eux, un grand noir leur jette un salle regard, entre les mains un fusil flash ball, le doigt sur la gachette. Pourquoi ? Le guitariste andalou se balade dans cette scène en grattant son instrument. D'autres flics papotent entre eux, d'autres surveillent le groupe, les pieds bien écartés du style cow-boy, les mains sur les hanches, laissant apparaître leur ceinture garnie. Flingue, tazer, matraque, menotes, etc... Je fais le tour du dispositif nous encerclant : trente sept guignols ! « Putain les gars, menace terroriste maximale, on passe en échelon vigipirate niveau rouge écarlate, on vide le commissariat, tout le monde sur l'affaire, de dangereux marcheurs en haillons sont signalés, au nombre halucinant d'une quarantaine ! »

 

Vers une heure du matin, après trois bon quart d'heures de prise d'otage, la situation se détend enfin. L'élue qui nous a trouvée le gymnase est sortie de son lit pour venir nous aider. Elle vient donc prouver l'autorisation que nous avons d'aller au gymnase. Elle ne se prive pas de passer un savon au commandant, et nous exprimons dans la joie ce que nous pensons de nos gardiens et de toute leur administration. Nous nous remettons enfin en route, et atteignons le gymnase deux minutes après. Tout le groupe remercie la conseillère municipale, et nous entrons enfin dans le bâtiment. Une bonne douche, tout un tas de commentaire sur cette journée de fou, et la Marche s'endort enfin. Je reste à papoter un moment avec quelques français, puis rejoins ma couche, des images plein les yeux!

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