Un nouveau compagnon pour un nouveau voyage

Publié le par Peleran

Mercredi 19 octobre 2011 .

 

A partir de ce jours là, et jusqu'à l'arrivée à Nice, je n'ai plus aucune photo a publier avec mes textes. Ni Fred ni moi n'avons d'appareil photo, je n'ai donc rien pour illustrer l'article.

 

       Il pleut sur Bruxelles pour la première fois depuis que je suis arrivé ce matin là. Ce n'est pas une grosse précipitation qui s'abat sur notre camp, juste de quoi nous mouiller les tentes et accompagner l'ambiance de la journée. En effet, hier soir, la dernière assemblée du camp a consensuer de replier les tentes dès ce matin. La police de la ville qui nous a acceptée jusqu'à présent sur les pelouses du parc du cinquantenaire a décidée de nous inviter à partir. D'ailleurs, de nombreux campeurs n'ont pas attendus la demande des flics pour plier bagage. Beaucoup de marcheurs sont repartis, notamment les espagnols, et il ne reste qu'une trentaine de toiles au matin de cette quatrième journée d'accampada. Ainsi, mes premiers gestes de la journée, après le café du réveil vont être de sortir mes affaires de la tente et de les remonter sur mon vélo. Kevin fait de même, et rapidement, nous voilà prêts à bouger. Nous stockons notre barda avec d'autres sacs entreposés, et allons prêter main forte au lever du camp. Il faut s'occuper de la grande tente militaire qui a été montée pour accueillir ceux n'ayant pas d'endroits où dormir, ramasser tout les matelas en mousses de chantier qui ont été récupérés dans le quartier pour servir de lit aux campeurs, replier des tentes abandonnées sur place, souvent en mauvais état, de même que des sacs pourris, des affaires trempés sans propriétaires et tout un tas de déchets jonchant les pelouses. Les dernières braises sont éteintes à grand renfort d'eau et on nettoie la cendre que l'on mets dans des sacs poubelles. Un camion poubelle nous est envoyé pour y jeter tout nos détritus. A midi, les pelouses sont ainsi complètement nettoyées, et il ne reste comme trace de notre passage que de l'herbe couchée à l'emplacement des tentes.

 

       Une fois le camp plié et nettoyé, reste à savoir ce que l'on fait. De nombreux campeurs annoncent leur intention de quitter Bruxelles pour repartir chez eux ou je ne sais où. Mais il est est une trentaine qui souhaitent s'organiser un peu mieux pour aller à Nice. Un mot circule comme quoi un gymnase avec des douches nous a été ouvert dans une banlieue de la ville. L'adresse est distribuée à qui la veux  et chacun s'y rend comme il peut. C'est à ce moment là que Fred entre vraiment dans mon aventure. C'est Kevin qui me l'avait fait connaître la veille. Les cheveux bruns en bataille, une bonne barbe sur le visage, et vêtu d'une grosse parka kaki, il avait une allure vraiment singulière. Mon ami l'avait rencontré dans la soirée au détour d'un feu de camp, et au fil de leur discutions il lui avait expliqué qu'il désirait voyager avec un vélo apparemment abandonné qu'il avait récupéré. Ainsi, mon pote de Luchon lui parla de moi et vint me le présenter. Fred me montra alors sa bicyclette, en mauvais état, un pneu à plat, les freins presque inutiles et par dessus tout la roue arrière était cadenassée par un antivol qui l'empêchait de bouger. Nous avions donc cherché un peu comment retirer cette sécurité, mais l'objet ne bougea pas et Fred laissa tomber son projet. Mais alors que je m'apprête à partir pour le gymnase, le compagnon me retrouve avec un nouveau vélo pourri (un peu moins que le précédent tout de même), qu'il vient de trouver abandonné contre une haie. Je cherche à savoir si le vélo est vraiment délaissé, mais une bonne heure s'écoule et personne ne vient contester à Fred la propriété de cette ruine. Celle-ci est dotée d'un porte bagage arrière avec deux sacoches latérales, et de quelques sangles. De fabrication hollandaise, je présume que ce vélo est arrivé là avec la troupe de cyclistes venus des Pays-Bas pour l'agora. Constatant que son vieux vélo à trop souffert du voyage et ne sachant comment repartir avec, son propriétaire à sûrement du laisser sa bécane sur le camp, l'offrant à qui la ramassera. C'est du moins la version que je m'imagine pour justifier cette récupération étrange. Fred attache donc son gros sac à dos sur le porte bagage et nous partons pour le gymnase, accompagnés d'une autre cycliste à qui un campeur a prêté un vélo pour le trajet.

 

      On nous avais indiqué que nous n'avions qu'une dizaine de kilomètres à faire à vélo, nous avons mis quatre heures avant de trouver l'endroit. Je ne me souviens plus trop du nom de la commune, mais elle était située en région flamande. C'est Fred qui à la base nous sers de guide. Cela fait depuis le début de l'année qu'il est sur Bruxelles, et il nous dit connaître la ville. Sous un ciel plutôt mauvais mais heureusement sans pluie, nous tournons, et retournons, prenons tout droit, faisons demi tour... Je m'arrête assez souvent pour demander aux passants si ils connaissent la commune que nous cherchons. J'ai griffonné à la hâte le nom de celle-ci sur un bout de papier, l'écrivant de manière phonétique puisque je ne connais pas l'orthographe flamande, et il est quasiment impossible de me faire comprendre. Heureusement, quelques personnes arrivent plus ou moins à nous aiguiller, et après avoir fait un grand détour inutile, nous retrouvons enfin la bonne route. Parvenus enfin dans la bourgade recherchée, reste à trouver le gymnase. Une dernière passante nous indique le plus proche, et nous y arrivons en même temps qu'un groupe de marcheurs de Barcelone venus par le tramway. Je suis ravi de les retrouver, et nous nous faisons une grosse accolade avant d'entrer dans le gymnase... qui n'est pas le bon. Le gardien ne sait absolument pas qui nous sommes et n'a absolument pas entendu parler de notre marche. Heureusement, il arrive à nous indiquer un autre gymnase dans le centre de la commune. Nous voilà donc repartis pour nous perdre à travers les avenues et les ruelles de la banlieue. Notre trio cycliste ne quitte pas les marcheurs espagnols, le fait des les avoir retrouvés et déjà un très grand soulagement. En fin de compte, nous parvenons sur la place de la mairie où nous attendent d'autres campeurs belges. Quel soulagement, nous y sommes presque ! En plus, ils ont achetés des gâteaux, des gaufres et d'autres sucreries et nous en offrent une partie pour nous soulager de notre périple. Le moral remonte direct sous l'effet du sucre, et nous rigolons tous de tant de galères pour un satané gymnase perdu. « Non mais c'était tout simple en fait » nous sort un des belges. Il nous a offert de bonnes gaufres alors on lui pardonne. Notre charmant comité d'accueil nous indique la troisième à droite pour trouver le gymnase, et reste à attendre d'autres groupes perdus. Merci les gars, à dessuite !

 

      Lorsque nous arrivons au soit disant gymnase, une belle surprise nous attend : Il n'y a rien ! Enfin si, il y a, mais par rapport au paradis pour campeur que l'on nous avait compté, cet endroit est vraiment nul! D’abord, le gymnase nous est fermé. Pas très grave on a des tentes, même si elles sont plutôt mouillées. Et les douches ? Il y en a deux, avec une heure de queue devant et pas sur qu'il reste beaucoup d'eau chaudes. Et faut mettre les tentes là (un coin pourri boueux), et on nous a strictement interdit de faire du feu. C'est une blague ? Non non, c'est tout ce que l'on a pu négocier après l'état de l'H.U.B... De plus l'endroit est complètement invisible aux yeux des passants.Ni une, ni deux, la moitié des campeurs que je connais décolle de là. Ils se motivent pour partir à la gare du Nord afin de prendre en fraude un train interail pour Paris. Une fois là bas, ils sont sur d'avoir un bon endroit pour les accueillir. D'ailleurs, vu la motivation de mes amis, je n'attends pas longtemps avant de prendre la même décision. Fred accepte de m'accompagner vu qu'il est motivé pour voyager à vélo avec moi jusqu'à Athènes. Je sers donc Kevin dans mes bras qui a décidé de partir avec la caravane de camion, et lui souhaite bonne chance, bon voyage et Hasta Luego ! Nous retrouvons les motivés pour Paris à l'arrêt de bus. Nous leur donnons rendez-vous à la gare avant de tracer. Cette fois-ci, c'est tout simple, nous allons tout droit ! Je me repère aux arrêts de la ligne allant dans le centre. La circulation est plutôt intense, mais nous suivons les voitures nous précédant sans chercher à doubler ni rien. Ainsi, nous parvenons dans le centre de Bruxelles en une demi-heure environ. Une fois à la gare, reste à retrouver les copains. Nous déambulons dans le bâtiment une bonne demi-heure durant, mais il n'y a pas l'ombre d'un marcheur dans les environs. Nous restons à attendre encore et encore, allant parfois à l'arrêt des bus pour chercher nos amis. Hélas, nous n’apercevons pas une seule tête connue en cette fin d'aprèm. Fred et moi nous posons sur un banc à l'entrée de la station, scrutant la foule, mais toujours personne. Le temps de l'attente, nous prenons le temps de discuter assez longtemps. Mon compagnon m'explique qu'il vit à Bruxelles depuis le premier janvier de cette année. Il est arrivé ici par diverses circonstances, et il vit depuis à la rue, faisant la manche dans Bruxelles. Il me raconte alors sa vie ici, les problèmes de la rue, les aventures...

 

      Au bout de deux heures d'attente, la journée se finie et nous avons perdu tout espoir de retrouver nos amis. Je demande à un guichet le prix pour un aller à Paris avec vélo... une bonne cinquantaine d'euros... Je n'ai plus un sous un poche, ni sur mon compte, et il n'y a pas moyen de frauder avec des vélos aussi remarqués. Il nous faut de l'argent ! Se décide alors d'aller faire la manche. Nous ressortons de la gare, traversons la grande avenue et nous posons Rue Neuve, juste en face du Mc Do afin d'y mettre l'ambiance. C'est ici une des allées les plus commerçantes de Bruxelles, totalement piétonne, et je suis plutôt stressé à l'idée de jouer ici. Je sors tout de même mon accordéon, Fred attrape trois balles de jonglage et nous commençons notre petit spectacle de rue. Deux heures durant, je plie et déplie mon troisième poumon pendant que Fred fait voltiger ses balles (et leur court après quand elles tombent). Hélas, l'animation ne fonctionne pas très bien pour nous, et lorsque nous rangeons notre matériel, nous n'avons ramassés qu'une dizaine d'euros. On dirais que c'est vraiment raté pour le train !

 

       Nous voilà donc à Bruxelles, il est vingt heure du soir. Nous ne savons pas quoi faire, assis devant le Mc Do. Je roule une clope et réfléchit en la fumant. Nous ne pouvons aller à Paris, vu comment fonctionne la manche. Il nous faudrait plusieurs journée pour réunir tout l'argent. Mais nous avons des vélos. Je prends un agenda, ma carte de France et un stylo. Nous devons être à Nice pour le 31 octobre, afin d'arriver la veille de la manifestation. Nous sommes à Bruxelles, sur la carte à environ 400 kilomètres de Paris, et nous devons aller jusqu'à Nice, à environ 800 de plus. Nous sommes le 19 octobre, nous ne partirons pas d'ici demain, le 20. Nous avons donc 1200 bornes à faire en onze jours si nous voulons arriver à Nice à temps ! A moins de trouver un moyen de nous avancer jusqu'à Marseille, une fois à Paris. J'appelle donc Fred et lui propose mon plan, si il souhaite m'accompagner : nous partons de Bruxelles demain matin et nous roulons jusqu'à Paris sur nos vélos. Il nous faudra aller le plus rapidement possible, heureusement c'est plutôt plat. On se débrouillera au gré de la route pour avoir des sous, de la nourriture et ce que l'on pourra trouver. Il nous faudra aussi amasser une bonne centaine d'euros afin de payer un trajet en train jusqu'à Marseille. Une fois sur la côte, il ne nous restera plus qu'à traverser la Provence maritime afin de rejoindre Nice pour la date prévue. Au fur et à mesure que j'expose mon idée à mon compagnon, je me rends compte de la folie de ce projet de voyage . Mais après tout, voyager à vélo au gré du vent et en mode débrouille est bien ce que je cherche, ce pour quoi je suis partis. De plus, il me faut gagner le sud si je veux passer la fin de l'automne et l'hiver à voyager. Je ne sais pas combien de temps je veux rester sur la route avant de rentrer chez moi, mais si je veux tenir, il me faut fuir cette région et retrouver un peu de soleil. Il y aussi cette « March to Athens » qui me motive beaucoup et à laquelle j'aimerai beaucoup me joindre, et bien sur une charmante espagnole qui m'a tapé dans l’œil et que j'aimerai revoir à Nice. Mais ce « Fred » me perturbe beaucoup : je lui ai proposé de voyager avec moi comme j'aurais proposé à n'importe qui de partager mon banc en attendant le bus, et maintenant que nous sommes sur le point de nous engager à partir, je suis plutôt hésitant. Déjà, je ne le connais pas, cet homme de la rue, appréciant apparemment un peu trop la boisson. De nature solitaire, aimant vivre seul et indépendamment de quiconque, je me suis habitué à aller seul sur la route. Cela me permet de voyager en prenant mes décisions de manière autonome, sans avoir à en référer à quiconque et à les assumer seul. Ainsi, je ne sais si je suis prêt à partir pour une telle aventure avec ce compagnon sans plus de réflexion. Mais je me dis qu'en même temps, je me motive là pour aller rejoindre une marche, donc un groupe de personnes que je ne connais pas non plus, et il faut bien que j'apprenne dès maintenant à voyager avec autrui. Je me convainc donc en fin de compte d'essayer de rester avec lui. En plus un mec comme ça qui se motive pour un tel projet, ça me fait bien plaisir ! D'ailleurs, Fred a l'air tout à fait motivé pour tenter mon plan !

 

        Nous remontons sur nos bécane et filons à travers Bruxelles. Fred me devance, connaissant bien mieux la ville que moi, et je tente de me repérer grâce au plan sous mes yeux. Nous passons par de jolies rues bien illuminées, du style vielles villes de l'ancien Bruxelles, dont parle tant Brel. Il ne manque d'ailleurs que l'omnibus à ce décor. Nous passons devant je ne sais quel restaurant, magasin, palais, banque ou ministère. Je ne m'intéresse alors pas trop à l'utilité de ces bâtiments. Je me contente de trouver le décor joli sans chercher plus loin. Nous arrivons dans la partie ouest de la ville, passons par une grande avenue aux larges trottoirs et de nombreux bars chics pour finir par stopper les vélos devant une petite sandwicherie. Fred m'explique que c'est ici comme un fast-food, mais qui ne vend que des produits bios préparés sur place et en plus de cela végétarien. C'est bien entendu plus cher que les habituelles enseignes vendant du poison entre deux tranches de pain ou de la bouillie de poussin panée. Ici, il n'y a que de la bonne qualité. De bon petits pains avec de la bonne verdure, de belles tranches de fromages, de jolies tartes en dessert et le menu complet avec un jus de fruit. Ça met l'eau à la bouche ! D'ailleurs, avec un peu de chance, on aura droit au menu spécial rab de fin de soirée pour pas un rond ! Au moins, j'ai là un compagnon qui fait sa récup et en plus se donne des goûts de luxe pour manger ! Parfait ! Fred me laisse avec les deux vélos, pour aller y faire un tour. Il y passe 5 minutes et revient m'annoncer qu'il faut repasser dans plus d'une heure, mais qu'ils nous gardent les invendus de côté. Me voilà ravi !

 

      Nous repartons faire la manche en attendant les sandwichs. Cette fois-ci, nous nous séparons, avec rendez-vous au même endroit dans une heure. Il s'en vadrouiller dans le coin pour toper des pièces de sa manière habituelle, alors que je part me poser sur un banc, non loin des premiers bars. Je joue là l'heure durant, m'essayant tout seul à mes airs et en perdant mon regard dans la circulation. Les jeunes bien habillés vont et viennent, mais derrière mes claviers, je me sent dans un autre monde. Je médite sur ce voyage, accompagnant mes pensées de mes mélodies. J'arrive tout de même à me faire une vingtaine d'euros. Une vielle passante vient s'excuser auprès de moi de n'avoir rien à me donner, mis à part une pomme. Je n'ai alors rien mangé depuis les gaufres, et le fruit m'est vraiment bienvenu. Elle revient un quart d'heure plus tard, toute gentille pour me donner deux euros en me félicitant pour mes airs. Je la remercie beaucoup et reste à savourer ce simple moment de beauté. Lorsque l'heure se termine, je rejoins Fred qui a réussi à se faire cinq sous. Nous nous posons dans le coin, devant un magasin fermé, et mon compagnon me commente le quartier. Il m'explique qu'il à l'habitude de traîner ici. Il y là a une jeune ambiance festive, des gens plutôt ouvert et il arrive à y trouver son compte. Il me montre de plus une rue par où commence un quartier populaire au caractère très sympa. Ainsi, nous prenons le temps de beaucoup parler en attendant nos sandwichs. Il me raconte qu'il est arrivé ici le premier janvier de l'année suite à des histoires en France. Il s'est rapidement retrouvé dans ce quartier où il a trouvé une petite vie se faire. Il a depuis traîné son sac à dos dans les halls et les abris du coin et à même réussi à avoir une routine dans sa vie de rue. Il me parle alors des endroits où il se pose en fonction de la journée, et même de ses habitués qui chaque jour lui donnent la pièce. Nous surveillons au fur et à mesure de la discutions la fermeture du fast-food, et lorsque Fred juge le moment propice, il y repart, passe deux minutes et revient avec trois sacs en papier bien chargés. Nous faisons quelques mètres pour aller inspecter le butin. Des salades, de verdure et de fruits, des sandwichs de plusieurs types, des yaourts... Nous faisons un vrai régal, et même en mangeant comme des affamés, il nous reste encore plus d'une poche de nourriture à la fin du repas.

 

        Après le repas, Fred m'amène faire un tour dans son bar préféré, un lieu au style africain où nous commandons deux bières. Nous trinquons à notre départ, bien motivés à rouler jusqu'à Athènes. Par la fenêtre, nous apercevons quelques jeunes dealers de la rue qui sont venus s'intéresser à nos bécanes surchargées, garées sur le trottoir d'en face. Nous sortons discuter avec eux en sirotant nos bières et leur parlons de notre projet. Ils sont bien étonnés et nous prennent carrément pour des fous. Ça nous fait bien rire ! Ils repartent ensuite à leur business et nous dans le bar. Mais leur rencontre m'a bien donné envi de profiter de leurs services, vu que je suis à Bruxelles, et pour bien méditer avant le départ. J'échange donc ma monnaie contre des billets au patron du bar, et confie 10 euros à Fred qui connais mieux que moi les tarifs du coin. Il sort, va leur adresser quelques mots, échange une poignée de main et revient avec un beau pochon d'herbe bien sèche. Un beau petit trésor ! Selon lui, la quantité est au moins double à l'habituelle pour le même prix. Merci les copains !

 

         Une fois les bières vides, Fred nous fait revenir non loin de la sandwicherie. Là, il force un peu une porte, qui s'ouvre facilement et nous fait nous introduire dans un grand hall. Il me dit avoir l'habitude de dormir ici, et qu'il y a même parfois cinq ou six personnes à squatter pour la nuit et un peu de chaleur. Nous planquons tout de même les vélos dans un cagibi, après en avoir ôté les affaires nécessaires. Le mien passe difficilement, rajouter l'autre est un vrai défis ! Au bout de quelques minutes, nous décidons de lâcher l'affaire, sauf que la bécane de Fred ne veut plus ressortir. Bon, on reste calme. En forçant un peu, nous parvenons à la décoincer et même à la faire tenir par dessus la mienne. Les vélos en sûreté, nous nous posons dans un coin de manière à laisser le moins d'affaires apparente possible, tout en continuant à discuter. Une fois installés, il est enfin temps de goûter les fleurs pleines de pollen, sèches mais très collantes. Avec 10 euros e France, on te vendra peut-être un carambar coupé au caoutchouc, mais ici t'as de la belle herbe verte ! Ce bonheur ! Nous nous faisons chacun un cône et allons nous asseoir près d'une fenêtre entrebâillée, pour laisser s'échapper la fumée. Nous continuons de discuter pas mal de nos expérience, de ce voyage, de notre vie respective durant l'H.U.B et le campement qui a suivi, du pourquoi nous avns atterris dans ce mouvement « Indigné ». A une heure et demi passée, nous décidons enfin de regagner nos couches. Il faut se lever tôt si on veut partir demain, surtout vu que l'on dors dans un hall.

 

          Une bonne demi-heure durant, je tourne et retourne dans mon sac de couchage. Les pensées vont et viennent dans ma tête. Je cogite à la fois sur le pourquoi de ce voyage, les rêves qui me poussent à le faire, la providence de ce compagnon, le plan que je me suis fixé, recalculant les dates, les kilomètres, etc... Comme à chaque futur départ, j'ai beaucoup de mal à m'endormir car milles choses me passent par la tête. Quel est le bilan de cet épisode à Bruxelles que je quitte, ces moments importants, que faut-il faire avec ce voyage décidé sur un coup de tête, comment aborder cette marche pour Athènes ? Lorsque vraiment je n'en peux plus de me poser trop de question, je me redresse, sors la carte de France de mon sac et me remet à compter les kilomètres jusqu'à Nice, les itinéraires possible pour aller à Paris, tenter de fixer des estimations pour arriver à temps, et tant d'autres interrogations qui me tourmentent. Après avoir tourné mon plan dans tout les sens, je remarque ma pointe au ventre. Je replie alors la carte et cède à la faim que donne l'herbe en dévorant un autre sandwichs. Pour finir, je me revient m'asseoir près de la fenêtre et fume une seconde clope aromatisée. Mes pensées se tranquillisent enfin, et la fumée pars divaguer dans des sujets abstraits. Fred dors déjà un ronflant un peu, sans être trop dérangeant. Mes yeux se ferment enfin lorsque j'arrive au carton, et je parviens moi aussi à m'endormir profondément.

 

 

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