Voyage dans une université occupée

Publié le par Peleran

Jeudi 13 octobre 2011 :

 

DSC01188.jpgNuit blanche de la veille, multiplié par facteur flemme, je ne me lève pas avant midi. Lorsque je sors de ma tente, je vois que Kevin est « déjà debout » préparant le café sur sa mini gazinière. Il fait un soleil magnifique, et le ciel Bruxellois est d'un bleu uniforme. Je me rend à la fenêtre et m'y fume une cigarette matinale en sirotant mon café. Je commence par contempler la beauté du parc de Elisabeth II, aux arbres d'un vert sombre contrastant beaucoup avec le ciel. Au dessus des cimes, la Basilique de Koekelberg se dresse fièrement. Je trouve ce monument très beau. Essentiellement de briques roses, la pointe de ces tours, le haut de l'arche et le bas du dôme sont d'un blanc réfléchissant bien le soleil. La coupole bleu et les toits des annexes latérales vont se fondre dans l'azur du ciel. Autour du parc, les voitures se pressent de pars et d'autres, alors que le tramway suit ses rails, tranquille, allant se perdre sous les branchage en direction de la Basilique. Mais sous mon nez, le jardin de l'université est en plein activité : la brigade des clowns, au nombre d'une bonne trentaine, est en plein entraînement ! Je les vois aller et venir en rigolant, tantôt marchant d'un pas cadencé mais dans des trajectoires aléatoires, tantôt courant dans tout les sens en hurlant, tantôt à la queue leu leu en faisant tout un tas de gestes comiques. Les costumes, très hétéroclites, vont du visage peint en blanc et avec des ballons dans tout les sens à la parodie d'uniforme policier, avec bien sur des nez rouges pour tous. Ils continuent pas mal de temps à adopter différentes ambiance, et tous adoptent quasi simultanément des expressions diverses dans le thème donné. Toute la bande marche d'un pas de soldats avançant en terrain hostile, puis d'un coup tout le monde saute de joie se fait de grands calins, jusqu'à ce qu'ils se mettent tous à se tirer dessus les uns les autres, armés de leurs plumeaux, de leurs ballons ou des mains faisant office de pistolets. Tout les clowns tombent raident, restent allongés dix secondes puis d'un coup se relèvent, sautant de joie à nouveau, et c'est reparti pour les embrassades et les bisous ! Parmis les clowns, je reconnais Amélie, qui étais déjà au campement de Bayonne et que je n'avais pas vu depuis. Dans une autre partie du jardin, un type tout seul est en train de se fignoler un tipi indien, construit de quelques bricoles et d'une bâche. Ailleurs, quelques occupants vont et viennent, certains sortent et rentrent du second sous sol, par le réfectoire ou le couloir. Nous descendons ensuite prendre un petit déjeuner. Le self est toujours autant rempli, mais nous arrivons à nous dénicher quelques gaufres accompagnées d'un autre café. Je retrouve à nouveau quelques amis, et nous rencontrons diverses personnes, avec qui nous discutons pas mal de temps. Après quoi, nous partons faire un petit tour dans Bruxelles.

 

 DSC01190.jpg De retour à l'université, Kevin se motive pour aller donner un coup de main en cuisine. Je le laisse, n'étant pas très compétent en la matière et je continue ma visite des lieux. Vu de jour, l'H.U.B montre beaucoup plus les traces d'une occupation assez sauvage. Je croise de nombreux graffitis sur les murs, dans les escaliers, les couloirs etc... Tous affichent des messages contestataires, anarchistes, libertaires, en rupture avec le système, ou autres, mais souvent bâclés et selon moi plus en mode « je laisse ma marque ». Cet as pect de l'occupation ne me plaît pas vraiment. Mais va trouver une organisation comme nous en avons l'habitude dans cet espace fermé par des murs mais pourtant ouvert de partout. D'ailleurs, certaines personnes avec lesquelles je parlent n'apprécient pas du tout l'endroit, principalement parce qu'il présente une forme non seulement verticale, mais en plus pyramidale, ce qui est complètement contraire à notre idéal d'organisation horizontal. D'ailleurs, l'université dispose d'une grande amphithéâtre, ce qui pourrait paraître un des avantages supplémentaires du bâtiment. Mais le fait de s'organiser dans un amphithéâtre pose lui aussi un problème de hiérarchisation, avantageant certains dans le débat, et le modérateur se retrouve président d'assemblée... On me donna pour exemple que chaque fois que les débats avaient eu lieu en assemblée horizontale dans le parc ou le réfectoire, cela c'était bien passé, alors qu'en amphithéâtre c'était toujours plus compliqué. Le lendemain soir fit plus que me le prouver!

 

DSC01170.jpgMa visite se termine par aller refaire un tour au réfectoire. Je trouve quelques trucs à grignoter et passe discuter avec Kevin. Je retrouve d'ailleurs à nouveau Damien, de l'acampada Baiona, toujours occupé à cuisiner sa philosophie. Je me trouve enfin une utilité lorsque quelques marcheurs reviennent de la récup avec une grosse cargaison qu'il faut aller porter en cuisine. Je remonte mes manches et porte quelques caisses. Vers la fin d'après midi, l'université est en pleine effervescence : le groupe de cyclistes venue de Hollande en vélo vient d'arriver. Kevin et moi nous précipitons dans le hall, et voilà qu'entre une dizaine de cyclistes venus avec des vélos de villes bariolés, ayant apparemment bien souffert du trajets, et équipés de briques et de broques pour les bagages. Certains portent même carrément leur sac sur le dos. Nous accueillons sous les aplaudissement tout ces nouveaux venus, puis la nouvelle se répand que la marche venant d'Allemagne va elle aussi faire son arrivé dans peu de temps au Parc Elisabeth II. Suivant le conseil de Yannick de Bayonne, je cours chercher mon accordéon, et trace au parc, accompagné de Kevin. La marche n'est pas encore arrivées, et nous passons pas mal de temps à rigoler en voyant la brigade des clowns faire son cirque. Une batoucada se point elle aussi, et au son des percussions, notre comité d'accueil danse dans une humeur géniale. Dans tout se boucan, Karl ne sert pas grand chose, mais je le sortirai peut-être plus tard. Vers dix-neuf heure, la marche allemande arrive enfin, une trentaine de personnes il me semble. Notre comité leur fait un accueil chaleureux, plein de joie, et on ne tarde pas à sauter les uns sur les autres dans un bel « abrazo colectivo ».

 

La batoucada donne du rythme, nous faisons la fête, et notre groupe plein d'énergie se motive d'un coup pour aller faire un tour dans Bruxelles pour la répandre. Alors, notre flot se déverse sur la chaussée, nous traversons la route et envahissons le grand boulevard menant au centre de Bruxelles. Nous passons devant le métro en faisant un maximum de bruit, en amusant les passants. Les clowns courent dans tout les sens en faisant n'importe quoi. Autour des tambours, c'est carrément la danse des fous, chacun y vas de son pas, de ses gestes, et tout le monde sautille sur les rythmes enflammés. Nous continuons ensuite notre manifestation improvisée et sauvage à travers le boulevard, et déjà quelques policiers se groupent autour de nous, nous demandant de repartir à l'université. A pied, à vélo en voiture, les condés mallent inspirés viennent tenter l'aventure, d'interrompre le défilé. Ils tentent de s'organiser pour contenir notre vague, mais personne n'écoute leurs ordres, et nous continuons notre progression festive. Nous empruntons ensuite des petites rues adjacentes au boulevard, mais rapidement, nous nous retrouvons devant un cordon de flics équipés de casques et de boucliers ronds. La Brigade des clowns se pose devant eux en mimant d'une manière comique un second cordon répressif. Nous ridiculisons les robots un moment. Je m'amuse en voyant une jeunette d'une vingtaine d'année s'être dégotée un uniforme, une matraque et un bouclier pour aller jouer à la police anti-émeute. La rue bloquée, notre groupe tourne sur la gauche et nous passons dans des petites rues populaires de Koekelberg. Puis, le passage est à nouveau bloqué par les flics sur notre droite et devant nous. Nous regagnons donc le boulevard. Je suis alors en queue de cortège, loin de la batoucada, et je sors mon accordéon, jouant quelques airs sur mes clavier. De nouveau sur le grand boulevard, nous nous retrouvons encerclé par la police qui s'est organisée pour nous barrer la route. Nous reprenons donc la direction de la Basilique, sans pour autant perdre dans notre joie et notre enthousiasme. Les flics nous raccompagnent jusqu'au parc, s'assurant que nous ne repartirons pas. Nous regagnons ensuite l''HUB par petits groupes.

 

DSC01187.jpgDe retour à l'université, Guillaume me fait monter au « Média-Center ». Situé au dernier étage du bâtiment, c'est en fait une grande salle pleine d'ordinateurs. Là s'active sur leurs écrans tout pleins de photographes autonomes, de journalistes travaillant pour des médias alternatifs, diffusant sur internet des nouvelles de Bruxelles, traduisant des textes, etc... Guillaume me raconte une anecdote plutôt comique: dans les premiers jours de l'occupation, la police est venue pour récupérer les ordinateurs. Mais ces derniers ont été empêchés d'emporter le matériel informatique, si bien qu'ils sont repartis en emportant des piles de chaises. Mais d'autres problèmes ont eu lieux ici, notamment pas mal de vol. On lui a volé des disques durs externes où il avait stoqué les images de la Marcha Bruselas. Il soupçonne des agents de la police d'avoir fait le coup.

 

Le soir, nous regagnons le réfectoire pour un bon repas convivial. Une fois le plateau rempli de bonnes nourriture récupérée entre nos mains, nous tentons de nous dénicher un espace où nous asseoir. Nous trouvons alors quelques place libres à côté de marcheurs allemands venus avec la marche arrivée cet après midi. Nous passons donc la repas à parler avec eux en anglais, plus quelques autres personnes venues s'asseoir à la table. Une fois nos plateaux vides, nous nous motivons avec Kevin pour aller faire un peu de fête dans le jardin. Il a une bouteille de pétrole ! J'accompagne donc sa danse de bollasses enflammées et ses jets de flammes, de mes airs d'accordéon. Quelques personnes sortent nous regarder, et nous faisons durer notre petit spectacle de son et lumières artisanal un bon quart d'heures. Nous regagnons ensuite la salle et allons trinquer avec quelques amis. D'un coup, juste derrière moi, un homme monte sur une table et se met à hurler, ordonnant à toute la salle de se taire. Lorsqu'il obtient enfin l'attention générale, il se met à dénoncer le mouvement, expliquant, que nous sommes tous dans l'erreur, et qu'il faut donc suivre ses paroles car il est Dieu et lui seul connait la vérité... Les commentaires reprennent en tout sens, très amusés par les propos. Le gars se remet à crier pour imposer le silence, mais la salle reprend son brouhaha, le laissant s'énerver sur son piédestal branlant. Il arrive cependant à capter l'attention d'une partie de son voisinage, et se lance dans la mission de les convertir. Les percussions recouvrent rapidement ses propos, et nous rigolons de cet étrange personnage. Un marcheur espagnol entre ensuite en criant par le fenêtre donnant sur le jardin, soutenant un autre ayant le visage en sang. Deux individus en capuche s'en sont pris à lui, par surprise, puis se sont enfuis dans le noir... La musique dure une bonne partie de la nuit, mais épuisé, je laisse les percussions donner le ton alors que je regagne ma tente.

 

Vendredi 14 octobre 2012 :

 

Nouvelle grasse matte, jusqu'à onze heure. On est plutôt « vie nocturne » dans cette université ! Après le petit déjeuner, j'apprends qu'une assemblée concernant la manifestation du lendemain est prévue immédiatement dans le parc de Koekelberg. Je m'y rend donc sur le champ. Sur place, une centaine de personnes attendent de commencer. Sous le beau soleil de septembre, nous nous installons dans l'herbe d'une grande bande de pelouse, en cercle, assis à terre, et nous lançons dans le débat. Je ne me souviens pas trop de cette assemblée, mais à la fin, nous nous divisons selon les commissions décidées. Il y a celle de l'art, celle des clowns, de la musique, des actions... Je me motive pour porter le panneau de la commission musique. Je le montre à la vue de tous lorsque nous rompons le cercle, et au bout de cinq minutes, une dizaine de personnes m'ont rejoint, français et espagnols. Il y a là des guitares, dont le « guitariste andalou », Franck, l'allemand avec sa trompette (il s'était fait voler sa guitare dans l'HUB quelques jours auparavant)  et d'autres musiciens. Nous avons comme mission d'organiser des moments de musique dans la manifestation, des chants, etc... Chacun y vas de son idée de musique, et nous discutons un bon moment dans les deux langues. Heureusement, quelques personnes parmi nous arrivent à peu près à traduire. Je mets mon incompétence en Espagnol au service du débat, et je tente plusieurs fois de traduire ce qu'il se dit... Sans grand succès ! L'ambiance de cet entretien plutôt compliqué nous fait tous marrer. Mais la faim nous tient, et nous partons nous rassasier au réfectoire, voulant continuer la commission en mangeant.

 

Après avoir attrapé un plateau repas, nous nous posons à une des grandes tables du réfectoire. Nous ne sommes alors plus que cinq, car certains de la commission sont allés faire un tour, ont laissés tomber, ou je ne sais quoi. Je suis le seul français pour quatre espagnols, deux filles et deux mecs. Tout en mangeant, nous cherchons des refrains révolutionnaire, à parodier des chansons pour y mettre des slogans, etc. Plusieurs propositions sont faites. Je trouve, sur l'air de « Vent frais, vent du matin » le refrain « Vent frais, vent du changement, vent qui souffle sur les parlements, joie du vent qui souffle sur les parlements ». Bref, je me foule pas trop. Nous continuons à bosser sur l'organisation musicale une petite heure autour d'un café lorsque « Dieu » revient. Voilà l'illuminé de la veille qui est de retour est se met à hurler à nouveau qu'il est Dieu, qu'il détient la raison suprème, que nous sommes tous dans l'erreur etc... Au plus fort de son pétage de plomb, l'homme retire son tee shirt en criant « regardez la puissance de Dieu !!! » C'est clair que le type est baraqué ! D'ailleurs, il se met à embrouiller quelques personnes présentes qui éssaient de le calmer, dont Kevin. La plus part préfèrent du coup le laisser faire son omélie. L'homme persiste, et continuant à nous faire admirer sa nature divine, finit pas se mettre complètement à poil! C'est lorsqu'il finit par retirer son caleçon que nous nous motivons pour aller DSC01174.jpgbosser ailleurs, l'ambiance du réfectoire étant devenue complètement dingue. Nous nous retrouvons donc sur les marches de l'entrée de l'HUB et avec quelques guitares, des percus et mon accordéon, nous continuons la commission musicale par de la pratique. Bon, on bosse pas énorme, mais on fait plein de musique ! Au bout de deux heures, à jouer, une rumeur nous arrive du self : c'est de plus en plus la panique en bas ! Je vais y faire un tour avec Rosa, une madrilène de la commission. A l'entrée, un occupant s'est proclamé vigil, et nous conseil de ne pas entrer. « Puede ser peligroso » rajoute-t-il. Nous passons quand même, et c'est vrai que la situation a clairement empirée : tout un tas de chaises sont renversées, « Dieu » est encore nu, debout, en train de crier, alors qu'un autre type est assis non loin, lui aussi complètement à poil. Les deux sont trempés de la tête au pied, et il y a une grosse flaque dans l'allée principale. Vision de fous ! On m'explique qu'alors que le premier ravagé atteignait son pic de folie, un autre type s'est déshabillé pour aller essayer de le calmer en le rejoignant dans son délire. Ça n'as pas l'air d'avoir trop marché ! Ils se sont ensuite jetés des seaus d'eau, à moins que quelqu'un d'autre ne l'ait fait, et je crois qu'il y a eu du grabu, vu les chaises à terre. Nous remontons à l'entrée de l'université, ne voulant pas trop nous joindre à ce pétage de plomb collectif, et reprenons la musique. Marie, une amie de l'acampada Baiona, infirmière, juge ce comportement comme étant clairement un signe d'un déraillement mental faisant suite à la prise d'une drogue chimique bien puissante. Au final , les urgences psychiatriques viendront chercher le divin personnage.

 

En fin d'après midi, l'ultime assemblée d'organisation de la manifestation du lendemain est annoncée dans l'amphithéâtre de l'université occupée. Lorsque j'entre dans la salle, celle-ci est déjà bondée. Je parviens malgré tout à trouver une place avec mes amis de Bayonne, tout en bas à gauche de l'arc de cercle. Il est clair que la disposition de l'assemblée n'a rien à voir avec celles auquelles je suis habitué. Nous sommes ici divisés en groupe, sur plusieurs étages. D'une manière physique, l'assemblée n'est donc en rien horizontale, ni égalitaire. D'ailleurs, le groupe ayant préparé l'assemblée a annoncé dès le début que celle-ci est une assemblée d'information et non de débat. On fait appel à quatre traducteurs : espagnol/français, espagnol/anglais, français/anglais, et espagnol/ allemand. Chaque phrase prononcée est donc répétée trois fois, je vous laisse imaginer le bazard ! Rock, un marcheur de Barcelone prend la parole afin d'expliquer l'organisation de la journée du lendemain et introduire les portes paroles des commissions ayant travaillées sur les points important. Mais dans l'assistance, de nombreuses personnes tiennent absolument à dire quelque chose, et beaucoup s'impatientent de ne pas recevoir le droit de parler. Du coup, ils le prennent d'office. Alors une grande partie de ceux voulant suivre les explications s'opposent à leur intrusion et les appellent à se taire. D'autres le font d'une manière plus calme en formant de leurs mains une pointe au dessus de leur tête (signe «merci de respecter l'assemblée »). La première demi-heure d'information est un sacré bordel. La seconde est explosive, avec tout ceux 299731_286865747990930_119709833_n.jpgvoulant parler de ceci-ou cela coupant la parole à d'autres. Certains utilisent le temps de traductions pour répondre à ce qui a été dit dans leur langue, empêchant les autres de comprendre. On répond à beaucoup qu'il fallait venir en parler en commission lorsque c'était le moment, ou que l'on en parlerait plus tard. Mais au bout d'une bonne heure, l'ambiance est de plus en plus électrique. La plus part du monde en a mare de cet exposé sans fin. Ceux voulant dire un truc depuis le début sont fou de rage, d'autres s'énervent qu'on ne laisse pas parler ces gens là, ça crie, ça répond, ça fait des chapeaux chinois etc... Quelques personnes prennent aussi la parole pour parler du déjà dit, des sujets pas encore abordés, de rien du tout, voir de complètement autre chose. Certains s'insurgent contre ce modérateur qu'ils n'ont pas élus, ou le traducteur qu'il n'entendent pas. On change de modérateur, on change les traducteurs. Une feuille est passée de main en main afin de prendre les tours de paroles. Alors enfin, les gens peuvent s'exprimer dans le calme, le respect et la bonne humeur ! Ou presque. Il y a ceux voulant répondre directement au dernier orateur, ceux voulant lui prendre la parole, ou venant de l'avoir mais ayant oublié un truc. Bref, le débat vire au cauchemar. Mais il y a aussi une partie de l'assistance qui ne veut pas camper le lendemain, et proposent de ne pas aller à la manifestation pour garder l'université au cas où les flics veulent la reprendre. Un messieurs nous fait remarquer que nous sommes tous tendus car la grosse manifestation se tient demain, et que de plus la forme de la salle rend le débat habituellement horizontal impossible. La plus part des marcheurs venus avec la Meseta ou la Mediterranea, dont notre groupe de Bayonnais sort les feutres et les feuilles et se met à brandir des apppels à camper le lendemain. Ainsi plusieurs camps se forment dans le débat. Presque on aurait recréés des partis ! L'assemblée tourne au drame : une personne voulant prendre la parole depuis le début, et ne voyant pas son tour de parler arriver pète complètement les plomb. Le centre de l'amphithéâtre se lève et tous s'énervent. Un poing se lève et atterri sur la gueule d'un autre type. C'est alors que cinq minutes de pauses sont décrétées à l'approbation générale. Tout le monde prend le temps de souffler un coup, de se calmer, de parler à d'autres. Une accordéoniste vient au milieu de la salle et se met à jouer pour égayer l'ambiance. Lorsque les cinq minutes s'achèvent, l'assemblée peine à redémarrer. De nombreuses personnes sont parties mais ceux restants ne savent plus comment continuer. Voilà une assemblée bien inutile. Je quitte la salle, dégouté !

 

Je me réfugie dans le réfectoire. Ici, l'ambiance est bien plus agréable. Le soir, après un bon repas convivial, une partie de la salle se transforme en concert improvisé. Les djembés et les grattes sont sortis, et beaucoup de monde danse au rythme des tambours. Je me motive pour rejoindre les musiciens, dans ce petit concert. Nous enchaînons les musiques, et je rencontre là Massimiliano, m'accompagnant de son tambourin sur Bella Ciao, Léo et quelques autres airs. Je passe une bonne heure à jouer, puis laisse les guitares et les percussions reprendre le tempo. Je finis la soirée tranquillement, discutant avec diverses personnes. Lorsque nous montons nous coucher, nous trouvons une dizaine d'espagnols errant dans le couloir à la recherche d'une salle où dormir. Elles sont toutes pleines à craquer... sauf la notre, nous y sommes que trois. Nous les invitons donc et tout ce petit monde se réfugie dans notre « chambre ». Ce sont des étudiantes et des étudiants en Erasmus sur Bruxelles venant soutenir la manifestation des marches. Kevin et moi discutons un petit moment avec eux, non sans difficulté , puis partons nous coucher. Mon vélo est toujours sous la bâche, pas de panique. Mais je ne dors pas, trop énervé par toutes cette journée de folie dans une université occupée.

 

DSC01200.jpgDes voix que je connais s'élèvent de l'autre côté de la porte, je pars les rejoindre. Il y a là deux amis de Bayonne, assis dans le couloir à papoter entre eux. Je m'incruste dans leur conversation un moment, jusqu'à ce qu'ils partent se coucher. N'ayant pas sommeil, je pars faire un tour dans l'HUB, voir les énergies nocturnes à l'oeuvre pour finaliser la manifestation. Mes pas me conduisent à la bibliothèque, lieu où je n'avais pas encore mis les pieds. Ici, dans tout les coins, diverses personnes s'occupent à peindre des bannières, des drapeaux, des cartons etc... Je me balade à travers les artistes et les pots de peintures, là où sont les tables de travail des étudiants. Je remarque quelques graffitis sur les murs, comme d'habitude. Je déambule ensuite à travers les étagères. Il n'y a presque plus un livre en rayon, tous ont été jetés à terre. Va comprendre ! J'arrive dans la dernière partie de la bibliothèque, un grand espace vide entre les étagères et les fenêtres, surplombé par une mezzanine. Ici, tout un tas de gens s'affairent à peindre d'énormes banderoles, à mettre des mains par-ci par là, faire des jolis dessins etc... Un Monsieur Carnaval, habillé en financier et doté d'une tête de porc à été fabriqué, le tout monté sur un caddie. Je termine ma ronde en refaisant un tour du lieu, puis remonte dormir vers trois heures du matin.

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