Transhumance surveillée vers l'abattoir

Publié le par Peleran

Lundi 31 octobre 2011, à Nice, en fin d'après midi.

 

           Les derniers kilomètres du voyage se font doucement, en longeant le bord de mer sur la fameuse promenade des anglais, jusqu'à la vielle ville. Nous ne savons pas trop quoi faire à présent que nous sommes arrivés. J'ai bien marqué l'adresse du lieu de rendez-vous, mais le problème est que selon l'info d'internet, celui-ci n'est prévu que pour le lendemain, le jour de la manifestation, et rien n'est dit pour aujourd'hui. Nous y allons tout de même faire un tour afin de tenter de trouver quelques indignés. Nous passons près du port, puis quittons la côte pour gagner le cœur de Nice. Le centre-ville est bondé des fourgons bleu des sbires du système, en armure lourde à de nombreux endroits. Les indications d'un vendeur d'antiquités nous permettent de trouver le lieu de rendez-vous, une esplanade à côté du lit du Peillon, derrière le palais des expositions. A notre grand bonheur, en allant vers le fond, nous trouvons un groupe avec des panneaux et tout un tas de bricoles. Au moment où nous les voyons, nous poussons des cris de joie, tellement heureux d'enfin les retrouver. Nos amis indignés se retournent et acclament eux aussi notre arrivée. Lorsque nous les rejoignons, nous n'avons même pas le temps de poser nos vélos que nous sommes pris dans un bel « abrazo colectivo ». Voir les copains nous accueillir ainsi est un vrai bonheur après tout ce voyage depuis Bruxelles. J'embrasse des amis de Bayonne, de la Marcha Bruselas, des gens croisés à l'H.U.B ou à l'acampada du parc du cinquantenaire. Nous embrasse aussi ceux qui nous reconnaissent peut être, ou que nous n'avons jamais vu. Un fort moment de joie !

 

         Des amis de Bayonne m'expliquent qu'ils préparaient une action secrète, c'est pourquoi ils étaient venus se poser ici. La belle providence ! Discutant avec eux de nos routes respectives depuis Bruxelles, nous gagnons le point de base où tout les altermondialistes ont établis leur « contre G20 ». Nous croisons en y allant de nombreux véhicules de police. Particulièrement aux alentours de notre camp. En fait, c'est quasiment un état de siège ! Nous voilà aux Abattoirs, le QG du contre G20. C'est ici un grand bâtiment, du style gris béton, avec devant lui un grande cour entourée de grilles. Bien glauque, du style usine, un abattoir... Devant les portes du bâtiment des buvettes sont déjà montées avec quelques personnes au bar. La scène est elle aussi en place pour le lendemain. Nous passons la rampe et arrivons dans la grande salle des abattoirs, aussi spacieuse que lugubre. Seule les bannières des anti G20 apportent un peu de couleur à l'endroit. On y voit dans tout les sens des drapeaux, affiches etc, principalement d'ATTAC, mais sont présent aussi les emblèmes de la Ligue des Droits de l'Homme, le Réseau Éducation Sans Frontières, les faucheurs volontaires, la lutte contre le nucléaire et de nombreuses autres ONG et associations. Chacune a installé son stand avec dépliants, posters, affiches, tee-shirt pins etc... Au centre de la pièce, une centaine de chaises ont été installées avec tout devant une estrade pour orateurs. Je pose mon vélo contre un pilier et prend mon temps pour faire le tour des stands, épluchant les dépliants et autres brochures d'infos, tout en débattant avec les bénévoles.

 

          Ici ce n'est sûrement pas l'ambiance d'une acampada ! Tout un collectif d'association a organisé l’événement, avec tout un programme bien fixé : une manifestation bien orchestrée, un concert, puis quelques jours de débats avec 'une petite action à la frontière de Monaco. A nous de trouver la sauce pour accompagner le menu ! Au gré de mes allées et venues entre l’extérieur et l'intérieur, je retrouve de nombreux autres amis que j'avais rencontré à Bruxelles, Paris ou autre, et que je ne pensais absolument pas retrouver ici. Français, Belges, Espagnols, Basques, Italiens, Catalans... nous commençons à être une belle famille bien colorée ! Nous sommes chaque fois très heureux de nous revoir, je passe un long moment à papoter avec nombre d'entre eux. Nous parlons beaucoup de l'après G.20, c'est à dire la Marche d'Athènes. D'autres veulent repartir à Paris car il se prépare des choses à la Défense... Une équipe de notre groupe « d'indignés » s'est motivée pour aller faire de la récup, grâce à laquelle nous partageons un excellent repas. Il y a aussi de la craie qui a été ramenée, tout un cadi surchargé de gros pavés blancs provenant d'un chantier. Une fois rassasiés, quelques uns se mettent à briser les blocs de pierre friable en les jetant au sol, puis en sautillant dessus. Voyant cela, d'autres se joignent au fur et à mesure. Le moment est vraiment amusant, nous sommes une dizaine à nous exciter comme des fous dans la coure en faisant voler les morceaux de craie. L'objectif était de réduire les blocs en pierres plus petites pour écrire. En un quart d'heure, un amoncellement de cagettes sont remplies, et nous n'avons plus rien à briser. Notre élan de folie nous plonge alors dans une bataille de craie, chacun s'empoussiérant les mains pour aller blanchir le visage des autres. La guerre fait rage, prenant même à partis ceux qui étaient venus nous observer, qui se retrouvent alors dans la mêlée. Lorsque tout le monde est blanc, l'ambiance se calme et quelques uns attrapent un bout de craie pour couvrir la coure de commentaires, dessins, slogans etc... En fin de soirée, nous nous rendons dans un gymnase de l'autre côté du Peillon. Deux ont étés ouverts pour accueillir les manifestants. Pas un bruit en entrant, nombreux sont ceux qui dorment déjà.

 

Mardi 01 Novembre 2011 :

 

                 Lorsque nous arrivons Fred et moi aux abattoirs ce matin là, c'est déjà l'effervescence. Nous avons laissés les vélos attachés ensemble au gymnase, qui doit être fermé toute la journée. Nous ne tardons pas à nous séparer, lui retrouvant des gens de la veille. Moi, c'est à l'intérieur que je retrouve des têtes connues : des militants de Bizi, une association basque qui nous avait beaucoup appuyé durant l'Acampada Baiona. Ils ont rappliqué en nombre, avec leur tee-shirts verts, et toujours aussi bien équipés : ils ont ramenés tout un tas de ballons de baudruche, un bonbonne d'hélium et une grande bâche que certains sont en train de peindre, à l'extérieur, pour en faire une grande bannière. L'idée est que les ballons soulèvent la grande toile. Nous nous mettons alors dans un coin de la salle afin de gonfler les ballons, puis nous les regroupons par cinq avec des ficelles et les accrochons sur une grille. Ils ne demandent qu'à prendre les airs, il ne faut donc surtout pas les lâcher car il n'y a que peu d'hélium. Une fois terminé, il ne nous reste plus qu'à attendre que la bâche sèche. Beaucoup profitent de ce temps là d'avant la manifestation pour se maquiller, se fabriquer un panneau ou marquer un slogan sur son tee-shirt. Un peu trop fier, j'inscris sur le mien « 15 M » en gros dans le dos. L'idée me vient ensuite d'accrocher des ailes en papier à un petit ballon d'hélium, afin d'en faire comme un petite fée... mais les ailes sont trop lourdes ! Tampis pour Clochette !

 

 Capture-du-2013-03-14-02-57-49.png             Uns à uns, les bouquets de ballons sont accroché aux œillets de la bâche. Les militants de Bizi craignent de ne pas avoir eu assez d'hélium pour une toile aussi grande. Lorsque nous la laissons s'élever, la grande bâche bleu se dresse lentement, avec le slogan « Le G20 ne nous représente pas, G99 %, Pouvoir au peuple ». La grande bannière est très belle et attire beaucoup l'attention, mais les dizaines de ballons multicolores et les deux gros vert Bizi ne parviennent pas à la soulever entièrement. Nous sommes tous un peu déçus, mais en renforçant les côtés avec des baguettes de bois et scotch, nous parvenons à la faire tenir un peu plus droite. Enfin, les abattoirs se vident. Nous quittons le lieu dans les derniers, galérant un maximum avec la grande bâche. Je me retrouve sur le côté gauche de celle-ci, tentant de faire tenir le bâton bien droit, tout en restant en accord avec Bart à l'autre bout et les autres personnes tenant les ficelles sur les côtés... Il nous manque plus qu'une planche pour faire le voilier ! Alors que notre petit groupe de retardataires traîne loin derrière les dernières associations, un cordon de flics en armure nous barre le passage, nous indiquant de prendre par une autre rue, un peu plus loin. Arrivés à l'endroit indiqué, on nous renvoie ailleurs, puis un autre barrage nous refuse à nouveau le passage. Nous nous retrouvons perdus dans les rues de Nice grâce aux flics, alors que nous avions juste à aller tout droit. Merci les mecs ! Nous devons en plus passer sous des panneaux et même sous un pont, rien de mieux pour les ballons ! Notre groupe enrage contre ces benêts sous uniforme! Un officier nous rejoint cependant en nous demandant d'arrêter de vagabonder à travers les rues de Nice et de rejoindre le rassemblement du cortège... la blague ! Celui-ci est un peu plus éveillé que les autres lobotomisés en boite, et il trouve même l'idée d'appeler ces supérieurs. Au final, un haut gradé du ministère parvient à trouver l'ingénieuse idée de nous faire traverser les barrages avec l'officier comme laissez-passer. Beau travail d'équipe messieurs !

 

G8Nice-1_5.jpg             Nous voilà enfin devant le palais des expositions, sur une place bondée de manifestants. De nombreux cortèges se préparent au départ, sous tout un tas de drapeaux, bannières, etc... Il y a principalement des panneaux distribués par Attac, de plusieurs couleurs, avec divers slogans. Mais on peut voir aussi de nombreuses associations tel que le RESF, sortir du nucléaire, greenpeace, les faucheurs volontaires, les robins des bois etc, etc... Nous parvenons à nous frayer un passage à travers la foule et à trouver une endroit où nous poser afin de réparer les baguettes de bois qui se sont déjà brisées, en attendant le début de la manifestation. Sur la place, la cohue est de plus en plus dense, les groupes commencent à se réunir afin de se mettre en ordre de départ. D'ailleurs, un organisateur de cette belle manifestation bien ficelée vient nous nous embrouiller car nous nous joignons au cortège à l'improviste sans avoir prévenus... si on fait chier dis le ! Observant le monde, sans lâcher ma baguette de bois, je contemple la diversité du monde réunis ici, les slogans sur les bannières, les mignonnes, les déguisements, etc... J'aperçois aussi la bannière de divers syndicats, partis politiques de gauche ou écologistes, ainsi qu'un gros camion « G20 j'ai faim » avec le visage des principaux dictateurs de nos « démocraties ».

 

Foto-46O8SJ77.jpg             Après un bon moment sur la place, la manifestation avance enfin. Contrairement à ce que je pensais, le cortège ne part pas vers le centre-ville de Nice, mais remonte vers le nord, les faubourgs. En fait, cette manifestation du contre G-20 ne se fait même pas à Cannes, là où le G20 a lieu, mais encore mieux, pas un panneau de contestation ne sera levé dans Nice même, car notre défilé se fera complètement à l'écart des lieux importants. Une manifestation contre le G20, ok, mais vous faites ça de manière discrète, cachée, sans crier trop fort, vous passez par là où personne ne sera dérangé et ne vous verra et vous terminez à l'abattoir...Cool comme programme ! Je ne m'attarderai pas trop sur la description du dispositif policier : chaque trous de souris par où pouvaient s'échapper un potentiel casseur extrémo-terroriste était surveillé par toute une compagnie de mercenaires de la république, avec grilles et fourgons blindés en appui. Bref, nous voilà bien en sécurité pour une manif sans aucun sens, mis à part le mauvais.

 

             La grande bannière de Bizi à beaucoup d'allure ! Avec tout les ballons et ses grosses inscriptions, elle se voit super bien et nous faisons grande impression en queue de cortège. Cependant, c'est une galère sans nom pour la porter, entre les baguettes qui se brisent à moitié, le scotch à maintenir et la coordination avec l'autre côté et ceux qui tiennent les cordes. Au bout d'une bonne demi heure, je demande à un militant basque de me remplacer, et n'attend pas deux minutes avant de les quitter, voulant vivre la manif sous un autre angle. Je pars alors à la recherche des autre copains « indignés » qui sont je ne sais où dans la manif. Je remonte rapidement le défilé jusqu'à trouver la brigade des clowns en train d'humilier un cordon de CRS en leur ricanant au nez. Tout proche, j'aperçois des peintres en bâtiment en train de travailler sur un panneau... ou presque ! Ce sont les copains qui ont enfilés des tenues de peintre pour aller pourrir les pancartes publicitaires sur le chemin ! Génial ! Je ne tarde pas Capture-du-2013-03-14-03-02-42.pngà me dégoter un rouleau et à me joindre à cette activité très ludique ! Le truc est simple : à l'aide des rouleaux, nous peignons en blanc les panneaux, sucettes, pancartes, et autres support de matraque publicitaire. Nous posons ensuite un pochoir où à la peinture rouge nous plaçons « Zone d'expression libérée ». L'action attire beaucoup les photographes et les sympatisants , mais il nous faut rester sur nos gardes. Ce que nous faisons reste illégal, et nous sommes à la merci de quelques flics infiltrés. Nous prenons garde de cacher plus ou moins notre visage, ou de le peindre. Pour chaque panneau, la technique est simple : on le repère, on s'en approche, on sort de la foule pour aller le peindre en une minute chrono, parfois en organisant une courte échelle, puis nous repartons nous cacher dans la foule afin de semer les potentiels condés à nos trousses. C'est vraiment un moment excitant. Nous savons que la foule soutient notre action, beaucoup nous applaudissant, mais sûrement pas les organisateurs, et encore moins les robots. D'ailleurs, c'est du vandalisme, légalement... légitimement, c'est reprendre un espace volé !

 

            Alors que le soir tombe, nous sommes allés nous perdre sur une voie rapide fermée pour notre passage, tout au fond de la vallée. C'est très marrant de montrer des cœurs avec nos mains aux habitants des immeubles, mais je me dis que les organisateurs n'ont pas du batailler longtemps au niveau de l'itinéraire !C'est ça de déclarer une manifestation ! Alors que le troupeau entame une boucle pour revenir vers l'abattoir, un feu est allumé sur le bord de la route, tout près d'une citée. Je m'approche pour voir ce dont il s'agit en apercevant la fumée, mais les playmobiles ne tardent pas à courir encercler le feu (au cas où il s'échappe). J'aperçois une bande de jeunes du quartier, de l'autre côté d'un parking, mais dès qu'ils se se font repérer par les flics, ils se font direct tirer dessus à la lacrymo. Une partie de la meute leur détale après mais ne progresse pas très loin entre les immeubles. Lorsque toutes les caméras arrivent, il n'y a plus grand chose à voir, si ce n'est des flics se chauffant le cul autour du feu.

 

            MMMèèèhhh mmmmmèèèèhhhhh !!!! Nous voilà sagement devant l'abattoir ! Autour de nous, toutes les issues sont bouchées par des centaines de robots. Nous entrons petit à petit dans la sinistre cour, sans aucun autre choix. Je ne vois autour de moi aucune tête connue, je m'arrête donc à l'entrée du site pour voir défiler la queue du gros mouton. Assis sur une rambarde, j'observe tout le monde entrer dans l'enclos, et au bout d'un petit moment, il ne reste plus que quelques derniers groupes, beaucoup clairement manifestants et d'autres ayant une bonne allure de voyous de la BAC.

La soirée se termine par beaucoup d'animation sur le site du contre G-20. Quelques débats et conférences se tiennent dans la salle, alors qu'à l'extérieur, un repas bio est servi à prix libre. Des rumeurs nous parviennent comme quoi quelques espagnols auraient été arrêtés par les flics avec du matériel d'escalade dans leur camion et seraient actuellement à l'ombre... Sur le moment, nous n'avons que peu d'informations, mais les commentaire vont bon train. Plus tard, j'ai le bonheur d'assister au concert de Tournée Générale, que je tenais beaucoup à voir pendant que je pédalais comme un fou à travers la France. Passe ensuite sur la scène HK et ses saltimbanques qui mettent le feu à notre bande de marcheurs et nous font vivre une pur session! Lorsque la soirée se termine, beaucoup d'entre nous font le choix de monter un campement sur un côté de la cour, entre les batîments en béton et les grilles métaliques. Pas très sympa comme décor, mais au moins nous sommes entre nous. Je fais un aller-retour au gymnase pour récupérer mon vélo et celui de Fred, puis pose ma toile avec mes amis campeurs.

 

Photos: Manfestation du NO G20 de Nice, Camin Ferrat

               Manif NO G20 de Nice - Socialisme.be

 

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